lafonTitre : La petite communiste qui ne souriait jamais
Auteur : Lola Lafon
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 320
Date de parution : Janvier 2014

Auteur :
D’origine franco-russo-polonaise, élevée à Sofia, Bucarest et Paris, Lola Lafon s’est d’abord consacrée à la danse avant de se tourner vers l’écriture.
Après des publications dans des fanzines et des revues alternatives , elle a été repérée par des revues littéraires ( la N.R.V, entre autres, qui a publié ses premières nouvelles en 1998 et jusqu’en 2000.)
Ses  trois premiers romans sont parus chez Flammarion : Une fièvre impossible à négocier (traduit en espagnol et en italien et lauréat du  « Prix  A tout lire »),  De ça je me console  et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce , (Prix Coup de Cœur de la 25ème heure au salon du Livre du Mans et finaliste du Prix Marie-Claire).
Egalement musicienne, Lola Lafon organise fréquemment des concerts-lectures.
La petite communiste qui ne souriait jamais a reçu le Prix de la Closerie des Lilas en 2014.

Présentation de l’éditeur :
Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

Mon avis :
Lorsque Nadia Comaneci obtient la note extraordinaire et maximale de 10 à ses prestations de gymnastique lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, Lola Lafon n’a que quatre ans. Mais l’image de cette maigre gamine cambrée, à la queue de cheval serrée d’un ruban rouge fera le tour du monde des années durant.
 » La grâce, la précision, l’amplitude des gestes, le risque et la puissance sans qu’on en voie rien » font de cette enfant une promesse redoutable pour la renommée internationale de ce pays de l’Est.
D’origine roumaine, Lola Lafon nous fait revivre l’ascension, la consécration et le déclin de cette gymnaste exceptionnelle dans une Roumanie en proie aux restrictions et surveillances du régime communiste de Ceausescu.
Les deux aspects du récit ( histoire de Nadia et Histoire de la Roumanie) sont remarquablement maîtrisés.
Depuis Montréal, l’auteur reprend la jeunesse de Nadia, de ses premières compétitions à l’âge de huit ans, son entraînement intensif et douloureux avec son manager Bela dans son village natal d’Onesti, ses participations internationales. Puis, en grandissant, Nadia se déteste en constatant les formes de l’adolescence, elle se perd à Bucarest avec un autre entraîneur.
 » De grande gamine, elle est devenue une femme. Verdict : le charme est rompu. »
On lui reproche de trop manger, de grandir, de ne plus être ce petit corps sans relief  » côtes saillantes sous le tissu serré. »
Sous l’histoire personnelle de Nadia, se déroule aussi l’Histoire de la Roumanie sous Ceausescu. Les sportifs sont exploités, poussés à l’extrême tant qu’ils sont des moyens de valoriser le communisme à l’étranger. L’auteur décrit les périodes de restrictions alimentaires, la surveillance et les interdictions de la Securitate, la politique nataliste qui va jusqu’à instaurer une police des menstruations, la tentation de fuir le pays comme le feront Bela puis Nadia avant la révolution de 1989.
Toutefois, l’auteur adopte une construction particulière et originale pour maintenir une ambiguïté volontaire. Elle alterne le récit de faits historiques avec un dialogue fictif entre la narratrice et Nadia, une façon d’interpréter, de combler les vides de l’histoire. Et je comprends alors qu’il est peut-être rapide de critiquer une censure politique quand sévit ailleurs et plus tard la censure économique.
 » Tous les sportifs qui gagnent sont des symboles politiques. ils promeuvent des systèmes. communisme, à l’époque, capitalisme, aujourd’hui. »
Que l’entraînement intensif et abusif des gymnastes est aussi, au moins pour Nadia, une volonté personnelle.
 » Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un mauvais film simpliste. »
Que la révolution de 1989 n’a pas comblé les attentes.
 » En 1989, ont-ils donné leur vie pour que nous ayons plus de coca-cola et de Mc Donalds? »
 » Avant on n’avait pas l’autorisation de sortir de la Roumanie, mais aujourd’hui, personne n’a les moyens de quitter le pays. »
Que les reproches d’un pays comme les États-Unis sur des rumeurs d’adultère peuvent être aussi blessantes que les mauvais coups des entraînements intensifs et les privations alimentaires.
 » Je rêvais de liberté, j’arrive aux États-Unis et je me dis: c’est ça la liberté? Je suis dans un pays libre et je ne suis pas libre? Mais où alors, pouvais-je être libre. »
Vous l’avez compris, Lola Lafon choisit de montrer toute l’ambivalence du personnage de Nadia Comaneci et de tout système politique.

En lisant les premières pages du roman lors de sa sortie, je n’avais pas envisagé de lire ce livre, manque d’accroche sur le style. Devant les nombreuses chroniques enthousiastes ( Clara, Théoma,MissAlfie, Charybde….) j’ai cédé à la tentation. Je ne regrette pas mon choix car le roman a attisé ma curiosité et j’ai apprécié la richesse du travail de l’auteur. Mais ma réserve sur la présentation, le style demeure. Ces dialogues fictifs, cette réserve sur le personnage, cette ambivalence permanente m’ont obligée à rester dans l’analyse au détriment de la passion que j’aurais pu ressentir pour un personnage inoubliable.

Enfin, la longueur de ma chronique (désolée pour mes lecteurs) prouve que j’ai trouvé un certain intérêt ( voire un intérêt certain) à cette lecture.

rentrée 14

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

23 mai 2014 à 11 h 46 min

Un livre que j’ai apprécié. C’est de lire tant de chroniques favorables que, comme toi, je l’ai lu et je ne le regrette pas



23 mai 2014 à 14 h 36 min

Livre que je prévoyais de lire, suite à ta critique pas d’hésitation, je le réserve à la bibliothèque .



    23 mai 2014 à 15 h 30 min

    Je l’ai reporté cet après-midi. Si tu es la prochaine sur la liste, tu peux le récupérer. Merci pour le retour bien réceptionné du Gallay



      mp
      23 mai 2014 à 16 h 01 min

      J’y reviens mais il est déjà réservé. En attente de le lire, j’ai emprunté: Elle marchait sur un fil et L’élixir d’amour.



      23 mai 2014 à 17 h 40 min

      Tu me diras ce que tu penses du dernier roman de EE Schmitt.
      J’ai déjà un Delerm dans ma PAL, je commencerai par celui-là.



23 mai 2014 à 15 h 46 min

Un coup de coeur pour moi ! Heureuse que tu aies apprécié aussi 🙂



23 mai 2014 à 17 h 35 min

Je l’ai réservé à la médiathèque depuis un petit moment, mais il tarde à revenir… Ton billet est vraiment intéressant !



23 mai 2014 à 21 h 01 min

J’hésite à le l’acheter lui, il me tente beaucoup mais j’ai vraiment peur de ne pas aimer. Je verrais peut-être quand il sortira chez Babel.
Bon WE.



23 mai 2014 à 23 h 04 min

J’étais intriguée par ce roman à sa sortie mais mon envie s’est essoufflée…



24 mai 2014 à 11 h 35 min

J’avoue que je ne suis pas tentée. j’ai bien aimé découvrir les auteures roumaines et je préfère lire leur témoignage sur la Roumanie de la dictature.



    24 mai 2014 à 12 h 16 min

    Il y a une auteure roumaine que j’aimerais bien retrouver en librairie, c’est Liliana Lazar. Rien depuis Terre des affranchis. Je surveille souvent sur Internet mais je ne trouve rien.



24 mai 2014 à 12 h 06 min

Je l’ai noté ce roman car a priori, je n’étais pas intéressé par le destin d’une gymnaste mais l’intérêt réside bien dans l’histoire de la roumanie me semble-t-il



    24 mai 2014 à 21 h 08 min

    C’est la richesse du roman. Il y a l’histoire de Nadia, et derrière cet exemple l’histoire de tout jeune poussé dans le sport ou autre chose et l’Histoire de cette période de la Roumanie.



alexmotamots
26 mai 2014 à 13 h 10 min

Comme toi, j’ai découvert un roman très riche, finalement.



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