Titre : Encore vivant
Auteur : Pierre Souchon
Éditeur : Le Rouergue
Premier Roman

Nombre de pages: 288
Date de parution : 16 août 2017

Pour connaître personnellement un jeune homme atteint de bouffées délirantes, j’étais curieuse de lire ce témoignage de Pierre Souchon. Entendre la parole de celui qui vit cela de l’intérieur pouvait m’aider à comprendre ce qui reste souvent un mystère pour l’entourage de ces malades.
Car oui, inutile de stigmatiser ces personnes, la « folie » fait peur certes mais ce sont des malades comme les autres, astreints à un traitement médical.
Seulement, en cas de dérapage, ils sont enfermés dans des hôpitaux psychiatriques où les conditions de traitement et l’environnement sont souvent des traumatismes supplémentaires.
Avec rage mais aussi humour, Pierre Souchon, bipolaire, nous parle de ce nouveau passage en HP. Un médecin parisien lui avait proposé de suspendre son traitement. Résultat, Pierre se retrouve perché en haut de la statue de Jaurès en train de manger des branches de buis.
«  Je venais de basculer, je venais d’entrer dans le cortège effrayant des grands dérèglements. »

Nous suivons ses discussions avec les autres malades, son médecin et surtout son père, le garde-chasse cévenol qui masque son émotion derrière l’humour.
Ainsi, Pierre se raconte, raconte sa famille, sa terre, sa rencontre avec Garance, sa femme issue d’un milieu très bourgeois, « la belle des salons » qui a épousé «  la bête de l’Ardèche ». En l’écoutant, j’ai pensé au roman d’Annie Ernaux, La place. A cette difficulté de s’insérer dans les milieux citadins, les places réservées à ceux qui ont fait des études, lorsque ses racines sont dans la paysannerie.
«  Je ne me remets pas de la fracture…De l’écart social qu’il y a entre mes grands-parents et moi. »
Avec certes des antécédents familiaux, Pierre vit sa première crise en Terminale dans un lycée réputé de Lyon, puis abandonne ensuite son année de classe préparatoire. Les fils de paysans sont brimés par les fils de bonne famille dans ces milieux.
« C’était la guerre sociale, la pire, celle qui ne dit jamais son nom, celle qui s’égrène en éclats de rire en mots d’esprit dans les salons. »
Cependant, la différence de classe, Pierre va surtout la vivre auprès de sa belle-famille. Si son beau-père, « catho strictement réac, qui bossait pour le Medef, se méfiait des pauvres, louait l’audace de Sarkozy, supportait très mal les Arabes, regrettait parfois la monarchie », a une vraie complicité avec Pierre qui travaille pourtant dans des journaux de gauche, la belle-famille le lâche aisément au premier emportement. Il faut dire que Pierre est plutôt « une grande gueule » quand il cherche à défendre les plus faibles qui ont, quelque soit leur mode de vie, une belle étincelle d’humanité.
«  J’arrivais pas, j’arrivais plus, en vérité, à faire l’homme du monde, à faire semblant. »

Cette courageuse confession montre un homme écartelé entre ses origines et l’avenir que son intelligence lui ouvre. Son équilibre est dans la montagne cévenole, son admiration pour ses aïeuls qui pourtant avaient leurs défauts, son respect pour ces paysans de moins en moins nombreux depuis la concurrence espagnole. L’homme respecte les humbles médecins qui le soignent même si les cachets qu’il ingurgite lui font perdre une part de sa personnalité. Même si il n’est que ce chêne vert parasite installé dans la force d’un séquoia, il est encore vivant.
Pierre Souchon émeut par sa fragilité, bouscule par sa rage, un très beau et fort récit qui aide à comprendre cette maladie qui effraie la société et ostracise les malades.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

17 août 2017 à 12 h 31 min

Sujet difficile à aborder mais la référence à Annie Ernaux me parle énormément.



17 août 2017 à 16 h 59 min

Je n’étais pas sûre de le lire (un de mes proches est soigné pour troubles bipolaires depuis dix ans) mais ton billet me donne envie de le découvrir.



    17 août 2017 à 18 h 48 min

    Quand on est concerné de près ou de loin, il est difficile de comprendre ce que vivent ces malades. Pierre Souchon a le courage d’en parler, et le regard des autres est difficile à affronter. J’avais lu aussi avec intérêt un livre de Gérard Garouste, L’intranquille.



Belavall
17 août 2017 à 18 h 22 min

Merci de signaler ce livre!C’est peut-être celui que j’aurais voulu écrire! Concernée depuis 1974, j’ai cherché les livres décrivant ce qui s’appelait encore psychose maniaco- dépressive de l’intérieur. Je n’en ai pas beaucoup trouvé de pertinents…



    17 août 2017 à 18 h 50 min

    Avez-vous lu L’intranquille, portrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou? Il m’a aussi beaucoup marqué



      belaval
      8 septembre 2017 à 13 h 47 min

      Merci, non, je le programme!! Je viens seulement de recevoir le livre commenté ici: les urgences de lire s’accumulent! En fait, je suis beaucoup à l’hôpital à la suite d’une greffe de rein et je n’arrive à consommer que des livres audio…en même temps je prépare les 20 ans de « mon » Café Littéraire; je serais ravie de vous y voir. Il ne s’agit pas d’un salon mais d’une déambulation conviviale où se rencontreront auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires et Lecteurs
      programme (toujours en travaux!!) rubrique Evénement de notre blog http://cafelitterairedelambersart.wordpress.com



17 août 2017 à 18 h 57 min

Joli billet, j’ai publié hier aussi sur ce livre. J’aime beaucoup le rapprochement avec Annie Ernaux, c’est tout à fait ça. Des bises. C’est toujours un plaisir de te lire.



19 août 2017 à 14 h 23 min

En haut de la statue de Jaurès en train de manger des branches de buis ? L’image est drôle, en tout cas.



23 septembre 2017 à 17 h 23 min

Un roman autobiographique d’une telle intensité. Il mérite vraiment d’être mis en lumière car il authentique, âpre mais drôle et bourré d’humanité.
Il m’a fait l’effet d’un coup de poing.



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