Titre : Les cormorans
Auteur : Édouard Jousselin
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 304
Date de parution : mai 2020

 

Premier roman d’un auteur né à Montargis, pas très loin de chez moi. Et ce n’est pas la raison qui me fera dire qu’Edouard Jousselin est un auteur à suivre. J’ai retrouvé dans Les cormorans le souffle épique d’un Miguel Bonnefoy ( Le voyage d’Octavio, Jungle, Sucre noir).

Nous sommes fin XIXe siècle au large du Chili dans un univers brumeux entre des îles couvertes de guano, la fiente des cormorans et le continent où deux villes, Libertad et Agousto se partagent ce butin livré par des vraquiers dont celui du capitaine Moustache.

Le roman s’ouvre sur la fuite de deux hommes à bord d’un bateau puant de l’odeur du guano mais aussi d’un corps retrouvé enfermé dans la cale. Ces trois hommes, Vald, Joseph et Moustache, nous allons les découvrir. Les deux premiers sur l’île et Moustache sur le continent, magouillant avec les maires de Libertad et d’Agousto et Riffi, le chef véreux de la société minière. Car, où il y a une ressource négociable, une manne d’argent, tous les coups sont permis.

Les îles, autrefois peuplées d’indiens et de pêcheurs ont été repérées par le baron Alexander Von Humboldt qui utilisa le guano comme fertilisant, faisant de cette ressource la richesse de trois familles, les Mandfield, les Lantchester et les Sherrighan.  Chacun possédait une des principaux villages de l’île. Chaque année, un village recevait les deux autres et affichait sa fortune dans de somptueuses fêtes du guano.

 » à force de ne pas mener la même existence, l’île avait scindé les hommes en deux espèces disjointes. Les uns remuaient de la fiente sans se plaindre, les autres s’apitoyaient du mauvais temps en préparant des soirées fastueuses. Combien d’années faudrait-il encore à la nature pour séparer définitivement leurs deux races? Pour qu’elles ne soient plus en mesure de se reproduire ensemble, pour que l’une devienne le prédateur de l’autre? »

Aujourd’hui, déjà, Joseph travaillant pour les Sherrigan , ne peut épouser la femme qu’il aime, Catalina, au service des Mandfield. Les carriers n’osent se rebeller, ils se souviennent de leurs aînés morts lors des mutineries.
Autrefois, Moustache et ceux qui sont aujourd’hui les maires de Libertad et Agousto, se sont battus ensemble contre les Anglais. Désormais, ils conspirent les uns contre les autres pour avoir le meilleur profit.

Edouard Jousselin navigue entre les histoires de Joseph sur l’île et de Moustache sur le continent, campant ses personnages en remontant dans le passé. Le fil narratif n’est pas toujours évident à suivre. Mais l’auteur sait créer une atmosphère avec cette odeur de guano et ce brouillard ( le camanchaca) qui , selon Moustache, vient sûrement de l’âme des habitants d’une région clivée entre profiteurs et exploités. Moustache et Lady Sue, chanteuse vénérée à la belle époque des fastueuses fêtes du guano mais aujourd’hui reléguée dans les bas fond de la capitale, sont des personnages épiques et remarquables.

Ce premier roman manque peut-être un peu d’unité mais le style, l’univers, l’atmosphère, la force des personnages sont remarquables. Édouard Jousselin est un auteur à suivre.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

10 juin 2020 à 13 h 11 min

J’ai beaucoup aimé ce livre, du souffle et de l’esprit. Prometteur !



11 juin 2020 à 9 h 43 min

Je note donc le nom de cet auteur à suivre. Merci du conseil.



tristan
15 juin 2020 à 14 h 02 min

Super premier roman ; l’univers est tres prenant et la plume est belle !



16 août 2020 à 6 h 20 min

Bonjour, je suis justement en train de le lire ; l’atmosphère me plaît beaucoup ! Bel été !



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