Titre : Les roses fauves
Auteur : Carole Martinez
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 352
Date de parution : 20 août 2020

 

Carole Martinez a son univers, qu’elle doit peut-être à sa grand-mère, une femme d’origine espagnole qui l’a élevée dans un monde magique et merveilleux. C’est grâce à elle qu’elle a pu broder sur la vie de son aïeule, Frasquita Carasco, héroïne du Cœur cousu. Et justement ces cœurs cousus espagnols inspirent ce nouveau roman, Les roses fauves.

L’auteure devient un personnage de son livre. En 2009, elle est  hypnotisée par une carte postale sur Internet. Entre une église et un bureau de poste, une silhouette de femme s’éloignait dans la grisaille. Son imagination en fait une boiteuse. Ce village, c’est Trebuailles. Et c’est là, en Bretagne, que l’auteur décide de s’installer pour écrire.

Elle y rencontre Lola Cam, la postière boiteuse. Serait-elle entrée dans la carte postale, comme elle entre dans son roman? La magie de cette merveilleuse conteuse se tient là, explorant les frontières entre réalité et imaginaire. Ce nouveau roman en joue très habilement.

 » Nous faisons nos choix en lisant, Lola sera un bouquet composé à partir de quelques mots écrits et de vos propres souvenirs, de vos matériaux intimes. Elle sera notre œuvre commune, notre enfant, conçue dans le mitan du livre où nous dormons ensemble, lecteur et auteure, mêlés dans un même nid de ronces. »

Lola est une célibataire solitaire, complexée par sa boiterie. Dans sa chambre trône une grande armoire, celle que les aïeuls prévoient, dès la plantation d’un arbre, pour le mariage de leur arrière-petite-fille.  D’un côté, les vêtements d’hiver, de l’autre, ceux d’été et au centre, derrière un grand miroir, reposent les cœurs cousus de ses ancêtres.
Armoire,  cœur cousu, roman, tout est affaire de transmission, un thème récurrent chez Carole Martinez.
Clin d’œil au roman qui l’a propulsée sur la scène littéraire : en Espagne, les mères confiaient leurs souvenirs sur des petits bouts de papier qu’elles enfermaient ensuite dans un cœur en tissu. Juste avant leur mort, elle cousait le cœur avant de le transmettre à la fille aînée avec interdiction de l’ouvrir sous peine de malédiction.
Lola Cam possède ainsi les cœurs de son arrière- grand-mère, Inès,  sa grand-mère, Carmen et de sa mère, Rosa.

Si Lola ne peut lire le contenu des cœurs, rien n’empêche l’auteure qui souhaite écrire un roman sur la postière boiteuse de s’imprégner de son passé. Faites confiance à Carole Martinez pour vous conter l’histoire fantastique de cette famille où les filles d’une lignée de marcheuses enfantent de fantômes, faisant naître les roses de leurs caresses.

La seconde partie se centre sur la vie de Lola Cam. Mais là aussi le parfum des roses bouscule la réalité. Lola tombe amoureuse d’un acteur si imprégné de son rôle, celui d’un soldat amoureux d’une boiteuse pendant la première guerre mondiale, qu’une fois de plus les personnages et les époques se confondent.

Ce roman est un enchâssement de fictions passionnantes sous le talent de conteuse de Carole Martinez. Tout se percute mais avec brio. Nous sommes presque dans la dimension d’Inception. D’ailleurs l’auteur s’endort parfois sur les genoux de la vieille Mauricette qui en ouvrant un pot de confiture vide lui donne accès à un rêve sur la réalité du passé. Présent, passé, fiction, la dimension temporelle n’existe plus. Nous sommes aussi envoûtés par le parfum des roses fauves, subjugué par le désir ardent de Lola et la sensualité de cette lignée de femmes.

Au-delà de l’impressionnant travail d’auteur, ce nouveau récit illustre une nouvelle fois la transmission des mères mais se veut aussi une réflexion sur l’amour éternel.

 » Je lui dis et je m’en étonne moi-même, que je me suis réfugiée ici, dans cette histoire, pour fuir la mort de l’amour éternel, que j’y croyais pourtant, comme  une enfant croit au merveilleux, mais qu’il me semble que tout finit par crever, l’amour comme le reste. »

Un auteur vit souvent entre deux mondes. Carole insère sa réalité dans ses livres, vit ses récits, écrit ses rêves, s’emballe en composant autour de son imagination fertile. Quand elle plonge dans l’écriture, elle s’imagine entraînée dans les airs par un ballon. Espérant toujours que son mari, Laurent, ne lâche pas « le fil qui retenait la femme-ballon« .

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

10 septembre 2020 à 9 h 38 min

Superbe chronique… la mienne est à écrire.
Dans celle-ci toute la poésie de l’auteure est restituée, pas si facile tant les mots créent un univers si particulier entre passé et présent ! Merci 😉



10 septembre 2020 à 10 h 47 min

J’ai ressorti Le coeur cousu acheté lors de sa sortie en poche et toujours pas lu……. Et peut-être celui-ci ensuite 🙂



Choup
10 septembre 2020 à 14 h 45 min

J’avais énormément aimé Le coeur cousu, beaucoup apprécié DU domaine des murmures, mais la Terre qui penche m’avait laissée de marbre, je crois l’avoir abandonné par manque d’intérêt. Celui-ci me tente bien cela dit.



13 septembre 2020 à 11 h 30 min

Je suis en train de le lire ! C’est trop beau !!!!



13 septembre 2020 à 15 h 52 min

je n’ai pas encore lu « Le cœur cousu » il faut que je le sorte de ma bibliothèque 🙂
j’ai bien aimé « La terre qui penche » et « Le domaine des murmures » 🙂



14 septembre 2020 à 2 h 00 min

Je lis ton avis en diagonale car je le lirai très bientôt. J’ai tellement aimé « Le coeur cousu »!



Ariane daphné
14 septembre 2020 à 20 h 29 min

Oh, j’adore cette auteure! Je ne savais pas qu’elle avait sorti un autre livre mais je sens que je vais me jeter dessus très vite!
Daphné



5 octobre 2020 à 23 h 28 min

J’ai bien envie de le lire car c’est une autrice que j’ai toujours appréciée!



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