Titre : Crénom, Baudelaire ! Tome 3
Adaption et dessin : Dominique Gelli
Illustrations et peintures : Tino Gelli
D’après le roman de Jean Teulé
Editeur : Futuropolis
Nombre de pages : 160
Date de parution : 8 octobre 2025

 

La censure

La parution des Fleurs du mal provoque un scandale retentissant. L’éditeur, Coco Mal Perché, est condamné à une peine de prison et à une lourde amende, tandis que six poèmes sont censurés. Cette décision met Baudelaire hors de lui. Les frères Gelli montrent avec justesse combien cette condamnation nourrit son ressentiment et radicalise son comportement. Le poète devient plus acerbe encore, odieux avec Apollonie, sa nouvelle amante, mais aussi avec Victor Hugo et de jeunes admirateurs pourtant bienveillants.

Loin de toute idéalisation, le récit montre un homme rongé par ses blessures d’enfance, envenimées par l’opium et l’orgueil. Baudelaire aime choquer, provoquer, outrager les bonnes mœurs. Mais sous cette violence verbale et morale affleure une sensibilité à vif, perceptible notamment dans sa relation à Jeanne, sa muse, celle qu’il aime avec une intensité douloureuse.

Une santé précaire

La dégradation physique occupe une place centrale dans ce dernier tome. Jeanne, atteinte de la syphilis et devenue hémiplégique, est montrée sans fard, victime à la fois de la maladie et de l’exploitation de son frère. Baudelaire, lui-même touché, s’enfonce dans une spirale d’autodestruction, multipliant les drogues pour anesthésier ses souffrances. Là encore, les frères Gelli refusent toute complaisance : l’amour du poète pour Jeanne est sincère, mais souvent impuissant.

Comme toujours, l’argent lui manque. Il accepte donc de partir en Belgique pour donner des lectures.

Piètre orateur et homme sans filtre, Baudelaire se livre à de violentes diatribes contre le peuple belge. Cette nouvelle tentative de salut se transforme, une fois encore, en fiasco. À la sortie de l’église Saint-Loup, il est victime d’une congestion cérébrale. Dès lors, il ne prononcera plus qu’un seul mot : « Crénom ! » Il meurt le 31 août 1867, à l’âge de quarante-six ans.

Un double hommage

Ce tome clôt une trilogie profondément habitée. Dominique et Tino Gelli y rendent un hommage sincère et exigeant à Charles Baudelaire, mais aussi à Jean Teulé, auteur du roman Crénom, Baudelaire !, qui a participé au projet avant sa disparition en octobre 2022. Le parallèle entre les deux écrivains n’est jamais forcé : il se devine dans cette même rage de dire, ce même refus du compromis, cette même urgence vitale de créer.

Ce qui frappe, c’est la cohérence entre le fond et la forme. Les textes, denses et ciselés, accompagnent les grandes étapes de la vie du poète sans jamais chercher à l’absoudre. Quant aux illustrations, elles constituent l’un des grands atouts de l’ouvrage. Les contrastes entre pages sombres et explosions de couleurs vives traduisent admirablement les contradictions de Baudelaire : un homme dépressif, blessé, souvent cruel, mais capable de fulgurances poétiques incandescentes.

Les doubles pages consacrées aux poèmes, enluminées de peintures expressionnistes, comptent parmi les moments les plus réussis de l’album. Elles offrent de véritables respirations, où la beauté de la poésie vient heurter la noirceur du récit. Ce dernier tome de Crénom, Baudelaire s’impose ainsi comme une conclusion puissante, inconfortable et profondément honnête — à l’image du poète qu’il dépeint.

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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