Titre : L’anniversaire
Auteur : Andréa Bajani
Littérature italienne
Titre original : L’anniversario
Traducteur : Nathalie Bauer
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 160
Date de parution : 15 janvier 2026

 

Rompre avec la famille

À quarante et un ans, le narrateur rend visite à ses parents après dix années d’éloignement. Au moment de son départ, sur le seuil de la porte, sa mère murmure une prière timide que le fils sait déjà ne pas pouvoir exaucer.
Après dix ans de thérapie, il a compris qu’au nom de sa santé mentale, il ne reviendrait plus. Avec une grande sobriété et une précision implacable, il entreprend alors de revisiter l’atmosphère familiale qui a ravagé sa jeunesse.

Une violence sourde

Ses parents se sont rencontrés au lycée. La mère aurait pu poursuivre des études universitaires. Mais, le mariage, puis la naissance de deux enfants, l’ont rapidement confinée au foyer. À la suite d’un incident professionnel, le père décide de quitter Rome pour isoler sa famille dans un petit village.
D’une timidité qui confine à l’effacement, la mère se dessèche peu à peu dans ce mariage. Toute tentative d’émancipation est aussitôt étouffée par un mari autoritaire et violent.

Mon père voulait qu’elle ne soit rien, de façon à pouvoir, lui, être quelque chose ; et ma mère voulait n’être rien, car n’être rien était au moins quelque chose.

Andrea Bajani dissèque avec une acuité remarquable les rouages de cette domination masculine : intimidation, contrôle permanent, reproches incessants, crises de colère, manipulation. La mère se soumet pour éviter les conflits, et se charge même d’obtenir le pardon des enfants à la place d’un père incapable de reconnaître ses torts.

Une analyse fine du mécanisme de l’emprise

L’auteur montre avec une grande justesse comment cette emprise, sournoise et méthodique, repose essentiellement sur la peur.

La peur, sous forme d’intimidation, était son instrument principal, le seul auquel il avait recours, quand il avait le sentiment de ne pas recevoir suffisamment d’amour.

Cette violence laisse des traces profondes et durables chez les enfants. Le narrateur, bien plus que sa sœur, peine à s’en affranchir. Il entame une thérapie téléphonique de dix ans avec une vieille thérapeute. Le téléphone — installé en 1990 par les parents — devient lui aussi un symbole ambigu. En effet, il est un outil de libération, mais également le rappel d’un ancien instrument de contrôle et d’autorité paternelle.

Si le père exprime son mal-être par la violence, le fils choisit une voie opposée : celle de la précision, de l’analyse, de la mise en mots. L’anniversaire est ainsi un roman d’une grande rigueur, qui démonte avec minutie les mécanismes de la domination familiale pour mieux s’en libérer. Un texte sobre, nécessaire, et profondément libérateur.

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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