Titre : Blanc contre noir
Auteur : Danutè Kalinauskaitè
Littérature lituanienne
Titre original : Baltiejli pries juoduosius
Traducteur : Miglé Dulskyté
Editeur : Bleu et Jaune
Nombre de pages : 216
Date de parution : 23 septembre 2025
Un héritage inattendu
Dalia, femme de chambre dans un hôtel londonien, voit son quotidien bouleversé par une annonce parue dans un journal : on recherche la famille de Thomas Vaibzdys, d’origine lituanienne, décédé six mois plus tôt au Luxembourg.
Pour établir son lien de parenté avec ce défunt, elle doit se tourner vers le passé. Cette quête administrative devient alors une quête intime : l’occasion, peut-être la dernière, de se rapprocher de sa mère avant que la maladie n’efface définitivement ses souvenirs. Car l’histoire familiale s’étiole au fil des générations, et il devient urgent de recueillir la mémoire des parents et des ancêtres avant qu’elle ne s’évanouisse.
Quête des origines
Un arbre généalogique aligne des noms, des dates, des filiations. Mais ces repères restent muets si l’on ne leur redonne pas chair. Comprendre ce qu’ont vécu nos aïeux suppose d’écouter la voix des parents, de recueillir leurs récits, leurs silences aussi.
À travers l’histoire de cette famille, c’est celle d’un pays qui se dessine. La Lituanie porte les cicatrices des occupations allemande et soviétique, des déportations et des violences politiques. Le passé individuel se confond avec la mémoire collective.
Le roman convoque une galerie de personnages et traverse les époques. Émaillé d’expressions étrangères — répertoriées dans un glossaire en fin d’ouvrage — le récit exige une attention soutenue. Cette densité, parfois déroutante, enrichit cependant la fresque historique.
Mémoire noire, blanchie par l’oubli
Dans la blancheur vacillante de l’oubli, hantée de visions troublantes, Angelina, la mère de Dalia, tente de raconter. Elle évoque Timotiejus, l’arrière-grand-père, Venansijus, le grand-père, Agnieté, la mère. Les figures surgissent, fragmentaires, comme arrachées au brouillard.
C’est l’histoire d’existences intimes : des hommes épris de liberté, tentés par la vodka et les jeunes femmes ; des épouses multipares, soumises aux exigences d’une vie rude. Mais c’est aussi le récit d’une époque marquée par la déportation en Sibérie, la famine, la brutalité des camps. La faim, les poux, la mort impriment une teinte sombre à ces souvenirs.
Entre le blanc de l’oubli et le noir de l’Histoire, le roman interroge la transmission : que reste-t-il lorsque la mémoire vacille ? Et que peut-on sauver, sinon des fragments, arrachés à l’effacement ?
Et pourtant cette transmission n’est-elle pas capitale pour éviter la répétition des malheurs du passé ?

Commentaires
Je l’avais repéré chez Patrice. Suite à ton avis, je vais noter de le garder pour un moment où je serai suffisamment concentrée.