Titre : Mon nom ne suffit pas
Auteur : Jodi Picoult
Littérature
Titre original : By any other name
Traducteur : Carine Chichereau
Editeur : Charleston
Nombre de pages : 672
Date de parution : 13 janvier 2026
Quatre siècles plus tard
Melina Green est étudiante au Bard College. Passionnée de théâtre, elle ambitionne de devenir scénariste. Grâce à l’arbre généalogique établi par son père, elle sait qu’une lointaine parente du côté maternel fut l’une des premières poétesses publiées en Angleterre, en 1611. Mais quatre siècles plus tard, force est de constater que les obstacles rencontrés par les femmes dans le milieu théâtral n’ont pas totalement disparu.
Le jeune et célèbre critique du New York Times, Jasper Tolle, se charge d’ailleurs de le lui rappeler en dénigrant sans ménagement sa pièce d’étudiante. Cette critique cinglante laisse chez Melina une blessure profonde et durable, sapant sa confiance en elle.
Des années plus tard, c’est André, son colocataire, qui, lors d’une soirée bien arrosée, envoie sa pièce au festival Village Fringe. Lorsque Melina apprend que son texte a été sélectionné — et que Jasper Tolle fait partie du jury — elle panique et demande à André de se faire passer pour l’auteur sous le pseudonyme de Mel Green.
Mon nom ne suffit pas
Jodi Picoult alterne les chapitres consacrés au parcours de Melina et ceux retraçant la vie d’Emilia Bassano (1569-1645), héroïne de la pièce et aïeule de la jeune femme. Ce sont pourtant ces chapitres historiques qui s’imposent rapidement comme les plus rythmés, tragiques et captivants. Le roman aurait sans doute gagné en force en cantonnant l’histoire contemporaine de Melina à l’introduction et à la conclusion
À travers Emilia, le lecteur plonge dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Il découvre ainsi la condition particulièrement difficile des femmes de l’époque. Jodi Picoult nous entraîne à la cour comme dans les campagnes, au cœur du microcosme des poètes et dramaturges. Et surtout elle illustre la grande controverse autour de la paternité des œuvres attribuées à William Shakespeare.
Emilia Bassano et Shakespeare
Jodi Picoult s’est largement documentée sur la vie d’Emilia Bassano. À partir de rares archives, elle extrapole notamment sa liaison avec le comte de Southampton. Si Emilia est bien la première femme à avoir publié un recueil de poésie en Angleterre, rien ne permet d’affirmer qu’elle serait l’auteure de plusieurs pièces signées Shakespeare.
L’autrice construit néanmoins une thèse solidement argumentée, tout en romançant le destin chaotique et profondément injuste de cette femme oubliée de l’histoire. Si cette partie historique devient rapidement passionnante, la trame contemporaine, en revanche, s’enlise dans une romance aux accents parfois trop adolescents. C’est malheureusement ce qui affaiblit l’ensemble du roman.
