Titre : Marcher dans tes pas
Auteur : Léonor de Recondo
Editeur : L’Iconoclaste
Nombre de pages : 243
Date de parution : 21 août 2025
L’univers de Léonor de Recondo
Depuis Rêves oubliés, j’aime lire les romans de Léonor de Recondo . L’auteur a une histoire à transmettre et elle le fait avec beaucoup de sensibilité et de poésie.
Elle y revient ici, sous la forme d’un récit intime, d’un hommage à sa grand-mère. L’auteur repart de l’exil de sa famille en août 1936. Son père avait sept ans.
On sait si peu de ses grands-parents. On est souvent trop jeunes pour poser les bonnes questions. Le regard de l’enfant est trop longtemps tourné vers lui-même.
On retrouve ici sa famille fuyant précipitamment Irun et la guerre civile . Comme de nombreux espagnols, ils traversent le pont de la Bidasoa pour rejoindre Hendaye. Un départ si rapide que le gâteau de riz amoureusement préparé par sa grand-mère est resté sur la table. Il me semble avoir lu cet épisode dans Rêves oubliés. Et j’ai aimé en retrouver le souvenir.
Une quête identitaire
Mais nous sommes ici dans un récit, une quête identitaire plus qu’un roman. Presque quatre-vingt-dix ans plus tard, alors que l’Espagne propose aux enfants d’exilés de demander la nationalité espagnole, Léonor y voit un moyen de rendre hommage à sa famille, de suturer la blessure.
effectuer cette demande est un geste de réconciliation nécessaire et chargé de sens.
Elle se lance dans ce défi administratif. Et ce n’est pas simple car un document justifiant l’exil fait défaut. Tous comme les migrants , elle se confronte à la complexité des procédures.
L’auteur alterne les souvenirs, l’histoire de sa famille, de la guerre d’Espagne et sa quête du précieux sésame.
Hommage à Enriqueta
Rêves oubliés était un roman sur l’exil de son père. Ici, elle nous parle surtout de sa grand-mère, Enriqueta. Elle n’est pas une grande figure de la résistance. Mais , au sein de sa famille, elle fut une grande résistante aux épreuves.
Cette demande de la nationalité espagnole est aussi une confirmation nécessaire de son rôle d’écrivaine.
Reste que si l’administration espagnole ne valide pas mon récit familial, sera-t-il encore nécessaire d’en parler ou de l’écrire ? Cette question interroge mes raisons mêmes d’être écrivaine ?
Léonor de Recondo possède une belle écriture musicale, une parfaite narration. En élargissant sa réflexion aux notions d’exil, d’identité et aux conséquences des guerres, l’auteur mêle les genres entre récit intime et essai.
Ce récit n’a pas la puissance de Rêves oubliés mais, d’une quête nécessaire pour elle-même, Léonor de Recondo propose un bel hommage à sa famille et aux migrants.
