Titre : Je suis Romane Monnier
Auteur : Delphine de Vigan
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 336
Date de parution : 15 janvier 2026
Disparaître
Dans un monde hyper connecté, peut-on encore disparaître ?
Romane Monnier cherche la vérité. Mais à l’ère des fake news, du virtuel et de l’immédiateté, à quelle vérité peut-on encore se raccrocher ? Face à ce vertige, elle prend une décision radicale : disparaître. Avant cela, elle abandonne son téléphone portable sur une table du bar La Malice.
Thomas, père célibataire et solitaire, s’en empare par erreur, persuadé qu’il s’agit du sien. Le lendemain, il réalise sa méprise. Lorsqu’il parvient à joindre Romane, celle-ci accepte de lui rendre son téléphone… mais refuse de récupérer le sien. Elle va même jusqu’à lui confier ses mots de passe, l’autorisant ainsi à fouiller dans l’immensité de sa vie, entièrement consignée dans cet objet devenu indispensable.
Peu à peu, Thomas développe une véritable obsession pour ce téléphone. Jour après jour, il en extrait plannings, conversations, enregistrements, confessions intimes. Chaque découverte fait écho à son propre passé, réveillant des blessures anciennes.
Les failles de l’enfance
Delphine de Vigan campe souvent des personnages marqués par les blessures de l’enfance et interroge la manière dont ces failles se prolongent à l’âge adulte. Thomas n’échappe pas à cette règle. Il a perdu sa mère très jeune et a été élevé par un père taiseux, submergé par le chagrin. Enfant craintif, toujours dans la peur du jugement, il s’est peu à peu replié sur lui-même.
À vingt ans, il croise une jeune fille ivre dans un bus et la ramène chez lui. Ils vivent ensemble huit mois avant qu’elle ne disparaisse brutalement. Quelques mois plus tard, il apprend qu’elle a laissé une enfant — sa fille — chez sa mère. Aidé par ses amis Nathan et Chloé, Thomas se bat pour offrir à Léo une vie stable. Aujourd’hui adulte, elle a quitté le nid, et Thomas survit tant bien que mal au syndrome du nid vide.
Plonger dans la vie de Romane lui offre alors un sens, une continuité, comme un miroir tendu à sa propre histoire.
Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire.
L’intime et le numérique
Le roman alterne entre les recherches dévoilant le passé de Romane, sa quête de vérité, sa dépression, et les résonances avec la vie de Thomas. Les litanies des errances de Romane et l’accumulation de traces numériques maintiennent parfois l’émotion à distance. À l’inverse, Thomas, profondément humain, ancré dans le réel, capte davantage l’attention. La vie réelle serait-elle finalement plus palpitante que la vie virtuelle ? Le message a quelque chose de rassurant.
Comme souvent, Delphine de Vigan mêle l’intime au questionnement social. Peut-on encore vivre sans nos écrans, nos applications, nos identités numériques ? Si l’outil est formidable, comment évoluer dans un monde devenu de plus en plus illisible ? Plus que les guerres ou les catastrophes, ne devons-nous pas craindre un monde où le doute est permanent, où plus rien ne semble fiable ?
La réflexion suscitée par ce roman apparaît sans doute plus forte que la trame romanesque elle-même. Mais c’est précisément dans cette simplicité, cette clarté et cette lucidité que Delphine de Vigan excelle. Ainsi, elle nous oblige à regarder notre époque en face, sans fracas, mais sans complaisance.

Commentaires
Pour répondre à la première question de ton billet, la réponse est oui : je viens de lire une enquête sur les évaporés du Japon, c’est étonnant…
J’avais lu le roman de Thomas B. Revedy, Les évaporés sur ce sujet comme le titre l’indique. Avec notre empreinte numérique actuelle, il faut aujourd’hui renoncer à beaucoup de choses pour y parvenir.
Son précédent roman sur les réseaux sociaux m’avait beaucoup plu.
Les enfants sont rois ? Je ne l’avais pas lu celui-là. Mais c’est effectivement un sujet essentiel qu’elle ne pouvait que bien traiter