Titre : Le coût de la virilité
Auteur : Lucile Peytavin
Illustrateur : Fabrice Haes
Editeur : Michel Lafon
Nombre de pages : 208
Date de parution : 23 octobre 2025

 

Un essai publié en 2021

Alors qu’elle travaille à une thèse d’histoire consacrée au travail des femmes dans l’artisanat et le commerce aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, Lucile Peytavin tombe sur une statistique saisissante.

96,3 % de la population carcérale est composée d’hommes.

Ce chiffre agit comme un déclencheur. L’auteure se lance alors dans une vaste enquête afin de comprendre l’origine de cette surreprésentation masculine dans la délinquance et la criminalité. Et elle ira jusqu’à estimer le coût pour la société.

L’hypothèse centrale de l’ouvrage est claire. La virilité, en tant que construction sociale, constitue un facteur majeur de la violence masculine. Ce livre n’est pourtant pas un pamphlet contre les hommes. Les hommes ne sont pas naturellement violents ; l’enjeu est précisément de comprendre pourquoi certains le deviennent.

Comprendre

Pour éclairer ces mécanismes, Lucile Peytavin remonte loin dans l’histoire. Les recherches scientifiques actuelles montrent que ni les gènes, ni la taille du cerveau, ni la testostérone ne suffisent à expliquer la violence. Les causes sont avant tout sociales et culturelles.

La notion de virilité, telle que nous la connaissons, se structure progressivement à partir du Néolithique, puis se cristallise au XIXᵉ siècle. En effet, à cette période, les sociétés occidentales projettent leurs propres représentations sur le passé et figent une répartition sexuée des rôles. Depuis lors, les valeurs associées à la virilité — force, domination, compétition, endurance — sont continuellement valorisées et transmises, participant à la reproduction de comportements violents.

L’éducation

Un élément clé du raisonnement repose sur les apports des neurosciences : un bébé naît avec seulement 10 % de ses connexions cérébrales, les autres se développant au fil des expériences et des apprentissages.

La façon de parler à un enfant, les émotions transmises, les sollicitations physiques, les jeux proposés, les apprentissages donnés, tout cela façonne son cerveau.

Souvent de manière inconsciente, les parents adoptent des attitudes différentes selon le sexe de l’enfant, dès la grossesse ou après la naissance.

Les parents sont donc, souvent sans en avoir conscience, les premiers responsables de l’acculturation des garçons à la violence. Ils portent et transmettent les schémas stéréotypés dont ils ont eux-mêmes hérité.

À l’adolescence, cette virilité est renforcée par le groupe : cinéma, publicité, magazines, jeux vidéo et réseaux sociaux participent à la normalisation et à l’exacerbation des comportements genrés.

Le coût de la virilité

L’un des apports majeurs de l’essai réside dans son analyse économique. Jusqu’à récemment, le critère du sexe était largement absent des statistiques publiques sur la délinquance. Face à l’insécurité, les réponses politiques privilégient le renforcement des moyens policiers et judiciaires, sans interroger les causes structurelles du phénomène.

En développant une méthode de calcul rigoureuse — certes complexe, mais d’une grande précision — Lucile Peytavin estime à 95,2 milliards d’euros par an le coût de la virilité pour la société française. Cette évaluation, reconnue par la communauté scientifique en 2023, reste néanmoins partielle : elle n’intègre ni le coût des guerres ni celui du désastre écologique, eux aussi largement liés à des logiques virilistes.

Une version illustrée pour élargir le public

Si l’essai original et les conférences de Lucile Peytavin ont contribué à faire évoluer le débat public, la version illustrée par Fabrice Haes constitue un atout supplémentaire. Schémas, graphiques et illustrations rendent les données plus accessibles et plus marquantes, permettant de toucher un lectorat plus large.

Ce livre gagnerait sans doute à être diffusé largement auprès des jeunes parents, des enseignant·es et des responsables politiques. Bien que l’étude se concentre sur la France, la problématique est évidemment mondiale. Les pays nordiques ont expérimenté une éducation plus neutre du point de vue du genre, sans résultats spectaculaires sur la baisse de la violence.
L’introduction de cours d’empathie et de compétences émotionnelles pourrait toutefois constituer une première piste prometteuse.

 

 

Auteur

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