Titre : Fleurs de nuit
Auteur : Peace Adzo Medie
Littérature ghanéenne
Titre original : Nightbloom
Traducteur : Benoîte D’Auvergne
Editeur : L’Aube
Nombre de pages : 464
Date de parution : 2 septembre 2025
Deux éducations différentes
Selasi et Akorfa sont nées le même jour dans le village de Ho. Leurs pères sont cousins germains. Très proches durant leur enfance, les deux filles grandissent toutefois dans des environnements très différents, et leurs chemins finissent rapidement par diverger.
Yao, le père d’Akorfa, a pu faire des études grâce au soutien financier de la famille. Il a désormais une bonne situation mais devra sans cesse assurer la survie de son clan. Accompagné de sa femme Lucy et de leur fille, il quitte alors le village pour s’installer à Accra.
Nous sommes une famille, nous ne tournons jamais le dos aux nôtres.
La vie de Selasi prend un tournant bien plus sombre. Sa mère meurt en accouchant de son petit frère, et leur père, indifférent, confie Selasi à la grand-mère maternelle et le nourrisson à une tante. Il ne jouera plus aucun rôle dans leur vie.
Lorsque Selasi et Akorfa se retrouvent pendant les vacances, un fossé s’est creusé entre elles. Akorfa, encouragée par une mère ambitieuse, est brillante, arrogante et soumise aux attentes de Lucy. Selasi, elle, est considérée comme une simple villageoise, ignorante et maladroite, moquée par les amies de sa cousine. Lucy, loin d’adoucir ces tensions, accentue le mépris : elle exploite Selasi tout en l’accusant constamment, renforçant ainsi les divisions sociales et familiales entre les deux filles.
Un roman à deux voix
Le roman est composé de deux parties principales. Akorfa entame le récit. Son enfance, son amitié pour Selasi puis son endoctrinement par sa mère, ses brillantes études et son installation en Amérique. On retrouve ici un schéma assez classique avec les espoirs déçus du rêvé américain. L’essentiel est de comprendre comment l’éducation de la jeune fille et son rapport à la mère forgent son caractère et son destin.
Ensuite, nous écoutons la version de Selasi. La jeune fille a su tirer parti de son enfance difficile. Elle est devenue opiniâtre, forte et courageuse. Et elle n’entend pas se laisser bafouer par qui que ce soit. Même pas par un ministre misogyne et pédophile. Au grand dam de son mari, proche du Président.
Alors qu’Akorfa est une enfant gâtée qui peine à affronter les situations difficiles, nombreuses dans une Amérique raciste, Selasi est une femme remarquable.
Féminisme et racisme
Peace Adzo Medie m’a accrochée avec ce magnifique portrait de Selasi, une femme forte dans un pays corrompu. Cette partie du livre est très addictive. On en oublie presque le côté plus classique de la première partie, souvent traité dans la littérature afro-américaine.
Porté par le fil sensible de l’amitié, ce roman explore avec justesse la condition des femmes, prises entre traditions, pressions familiales et aspirations personnelles. À travers les destins croisés de ses héroïnes, il dévoile la réalité d’un pays miné par le patriarcat et la corruption, tout en jetant un regard lucide sur le racisme latent qui persiste aux États-Unis.
Tu crois toujours que ce pays sera juste envers toi si tu travailles dur et essaies de t’intégrer. Que si tu envoies tes filles dans une école hors de prix, leur donnes des prénoms de Bourges et leur fais jouer des instruments, l’Amérique finira par les traiter comme des Blanches. Mais ça n’a jamais marché pour personne.
C’est une lecture que je vous conseille pour le mois africain en octobre prochain.

Commentaires
L’opposition entre les 2 éducations et évolutions peut sembler simpliste au premier abord, mais cela permet de montrer les nombreuses facettes d’une population et d’un pays. Ça m’a l’air tout à fait passionnant dans le contexte si méconnu pour moi du Ghana.
Un roman agréable à lire et intéressant. Une bonne lecture pour le futur mois africain 😉 Et je crois que son premier roman ( sorti en poche) a aussi de bons avis