Titre : Héritage et milieu
Auteur : Vigdis Hjorth
Littérature norvégienne
Titre original : Arv og miljo
Traducteur : Hélène Hervieu
Editeur : Actes sud
Nombre de pages : 400
Date de parution : novembre 2021
Une famille toxique
Bergljot, la cinquantaine, est critique de théâtre et rédactrice pour une revue artistique. À la mort de son père, âgé de quatre-vingt-cinq ans, elle est contrainte de renouer avec une famille qu’elle n’a plus vue depuis près de quinze ans.
À ce passé douloureux s’ajoute un conflit d’héritage : Bård, son frère, déplore que les chalets de Hvaler soient légués aux deux cadettes, Astrid et Åsa. Il s’allie à Bergljot pour dénoncer cette injustice.
Mais pour Bergljot, la véritable souffrance ne réside pas dans la répartition des biens : c’est l’absence de reconnaissance de ce qu’elle a subi enfant qui la ronge.
La blessure d’enfance
Longtemps, Bergljot a enfoui ce qui lui était arrivé. Le souvenir ne remonte qu’à l’époque où sa propre fille a cinq ans. Une phrase, surgissant alors qu’elle travaille à une pièce de théâtre, déclenche une panique profonde et l’amène à entamer une thérapie.
Car « l’insoutenable refait surface au moment où l’on est prêt à l’affronter. »
Lorsqu’elle ose enfin en parler à ses parents, son père la traite de « psychopathe » et sa mère persiste à nier. Ses deux jeunes sœurs refusent, elles aussi, de la croire et soutiendront leurs parents jusqu’à leur mort.
Comment, dès lors, affronter les funérailles du père, puis la lecture du testament, quand aucun apaisement n’a été possible avec sa mère et
ses sœurs ?
Un récit en boucle
On surmonte parfois les événements les plus traumatiques en les racontant, encore et encore.
Avec une écriture lancinante et des phrases qui se répètent comme des vagues, Vigdis Hjorth montre la difficulté pour Bergljot d’avancer tant que sa famille refuse d’entendre sa vérité.
Malgré l’attention de ses enfants, de son compagnon et de son amie Klara, elle continue de chercher la reconnaissance d’une mère qui, depuis toujours, détourne le regard.
Bergljot tente de comprendre les comportements de ses parents, de décrypter leurs silences achetés, de percevoir les liens subtils — de beauté, de vie, de fragilité — qui l’unissent malgré elle à sa mère.
Et même si elle désire couper les ponts, elle continue d’envoyer des messages, comme des bouteilles à la mer, à une sœur entièrement dévouée à leur vieille mère.
Un roman sur la parole et l’écoute
Aborder l’inceste est toujours délicat. Vigdis Hjorth le fait avec pudeur et acuité, en soulignant non seulement la nécessité de libérer la parole, mais surtout celle d’être entendu.
La demande de pardon ne répare pas tout, peut-être même ne répare-t-elle rien ; mais elle demeure essentielle pour qu’un chemin de reconstruction puisse s’ouvrir.
Il faut un long travail pour transformer la souffrance en quelque chose d’utile — et en premier lieu pour la personne qui porte cette souffrance.

Commentaires
Un sujet difficile, mais j’aime ce que tu dis en conclusion sur la transformation de la souffrance.
Je n’avais jamais lu cette auteure. C’est une belle découverte malgré le sujet difficile