Titre : Si tu traverses les eaux
Auteur : Justine Bo
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 152
Date de parution : 8 janvier 2026

 

 

 

Une nouvelle vie en Amérique

Jeanine n’a que sept ans lorsque les soldats envahissent son village de Balti, en Bessarabie. Cachée dans un grenier, elle assiste impuissante au massacre des chiens. Ses parents et ses frères sont contraints d’enterrer les carcasses au cimetière juif. Là, au bord des fosses fraîchement creusées, ils sont fusillés. L’enfance de Jeanine s’achève dans la violence.

La petite fille quitte alors son pays et erre des années durant à travers l’Europe. Vingt ans plus tard, en 1922, elle réapparaît en France, à l’hôtel Atlantique. Au milieu de femmes venues de tous horizons, elle attend l’embarquement pour Ellis Island, ultime seuil avant l’Amérique.

L’hôtel Atlantique

Avec l’accent et l’exil, Jeanine Zylberyng — son nom du shtetl — est devenue Jenine Ring. À l’hôtel Atlantique, elle n’est plus qu’un corps parmi d’autres. Comme ses compagnes d’infortune, elle subit les procédures : inspection sanitaire, tri des effets personnels, désinfection, tonte au moindre soupçon de pou, douche obligatoire. Il faut effacer les traces du passé. Faire peau neuve. Or la peau est parfois la dernière chose qu’il leur reste.

Jenine s’accroche à son manteau d’hermine, dernier vestige d’une identité qu’on tente de lui arracher. Maria, une insulaire qui parle quelques mots d’anglais, la prend sous son aile. Dans ce lieu de transit où les existences vacillent, une amitié fragile se noue.
Lorsque Jenine atteint l’Amérique — en décembre 1923 —, elle laisse pourtant une part d’elle-même sur le sol français.

Un roman en touches sombres

C’est en partant sur les traces de Jenine Ring que la narratrice se rend à Miami, dans l’hôtel même où celle-ci disparaît en 1989. D’elle ne subsistent qu’un manteau d’hermine et une photographie prise en 1923 à l’hôtel Atlantique. À partir de ces fragments, le roman reconstitue, par touches successives, ce que fut la vie américaine de Jenine.

Justine Bo construit son récit dans un subtil jeu d’ellipses et de chassés-croisés entre passé et présent. Elle excelle dans la description minutieuse des femmes en attente d’immigration, ces corps examinés, triés, classés. Encore et toujours, l’espoir peut facilement être anéanti. Mais l’auteur laisse aussi beaucoup de place à la suggestion et au silence.

Il en résulte un texte pudique, presque pointilliste, traversé par la nostalgie, la culpabilité et la douleur. Un puzzle d’émotions qui donne chair à la destinée des Juifs de Bessarabie et interroge. C’est aussi une quête d’identitié, une recherche des origines qui laisse largement la place au passé.

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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