Titre : La bossue
Auteur : Saō Ichikawa 
Littérature japonaise
Titre original : Hunchback
Traducteur : Patrick Honnoré
Editeur : Globe
Nombre de pages : 96
Date de parution : 3 septembre 2025

 

Une auteure capable autrement

Depuis ma lecture du premier roman de Gabrielle de Tournemire, Des enfants uniques, je garde en mémoire cette expression « capable autrement » pour parler du handicap.
Saō Ichikawa souffre d’un handicap lourd et invalidant. Et comme sa narratrice, elle vit dans une maison en bord de mère construite par ses parents. A vingt ans, elle s’est mise à écrire pour exister. Et pour donner une visibilité à ceux que la société japonaise isole et exclut.
A quarante-cinq ans, elle reçoit le prestigieux prix Akutagawa pour son roman.  Elle y voit un signe de la prise de conscience tardive mais positive du validisme dans son pays.

Au Japon, aucune normalisation aussi radicale n’est appliquée, puisque de toute façon les personnes handicapées ne sont pas censées faire partie de la société.

Shaka, un personnage miroir

Shaka souffre myopathie myotubulaire, une maladie non dégénérative qui déforme son corps au point de comprimer ses poumons. Elle a un trou au milieu de la gorge pour vider les mucosités pulmonaires. La jeune femme doit régulièrement se brancher sur un respirateur artificiel.
Shaka vit dans une chambre du foyer de vie Ingleside, construit par ses parents. Elle ne voit jamais personne d’autre que les auxiliaires de vie, les soignants et les techniciens.
Alors pour contrer sa solitude et se créer une vie sociale, elle écrit des publireportages et des pensées sur les réseaux sociaux.

Exister aux yeux des autres

Handicapée, elle aimerait exister en tant que femme. Elle sait bien qu’elle ne peut pas mettre d’enfant au monde avec ce corps difforme. Mais son rêve est de tomber enceinte et d’avorter comme une humaine normale.
Ses écrits et ses pensées sont des cris de colère contre une société qui la refuse. Alors elle est dans la provocation. Elle écrit des histoires de sexe particulièrement provocantes. Extrêmement riche, elle entend bien réaliser son projet de femme.

Un cri de colère choquant

L’auteur commence son récit avec un publireportage particulièrement obscène. Aussi il est d’emblée difficile de s’attendrir sur le personnage. Et malheureusement les désirs de Shaka la poussent vers des arrangements douteux.
Fort heureusement, derrière cette immoralité, le personnage principal met en évidence les difficultés des handicapés dans une société pensée pour les valides. En tant que lectrice, j’ai été particulièrement sensible à la pénibilité de tenir un livre, de lire les petites lignes.

Je hais l’arrogance imbécile de tous ceux qui « adorent les livres » sans se rendre compte du privilège orgueilleux qu’ils expriment par là.

Certes, le cri de colère de Shaka choque les âmes sensibles. Et j’ai eu beaucoup de mal à ressentir de l’empathie pour ce personnage. Mais, l’objectif de Shaka et de Saō Ichikawa est atteint. La société n’est pas toujours adaptée au handicap. Et chaque être humain, quelque soit son apparence, son handicap, a une personnalité et des désirs.
Si je préfère la démonstration sensible et romanesque de Gabrielle de Tournemire, Saō Ichikawa a adopté une formule plus provocante. Et c’est peut-être ce qu’il fallait en son pays.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

19 septembre 2025 à 10 h 56 min

La vie au Japon n’est absolument pas faite pour les personnes handicapés, et ce n’est pas en voie d’assouplissement. Un gros reproche à faire à ce pays.



    19 septembre 2025 à 17 h 16 min

    Oui c’est ce que dit l’auteur. Par contre, le fait de recevoir un prix littéraire laisse espérer que le Japon prend conscience de son retard sur l’acceptation du handicap. Et elle compte continuer à écrire pour faire tomber les préjugés



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