Titre : Une femme sans écriture
Auteur : Saber Mansouri
Littérature tunisienne
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 352
Date de parution : 2 mars 2017

 

Le verbe et l’écrit

Lala Mabrouka de la Montagne-Blanche s’adresse à Massyre, son fils. Sans donner signe de vie pendant quinze ans, l’homme devenu historien à Paris lui réclame aujourd’hui des documents. Il souhaite écrire la biographie de sa mère.

Je suis une mère sans archives et une femme sans écriture, tu es devenu le fils terrible du document écrit…
La biographie tue parce qu’elle trahit, touche à côté, ôte l’essentiel : la possibilité de vivre dans le silence, à l’écart du monde.

Mais, Mabrouka, issue d’une lignée de femmes, a le verbe haut. Et elle convoque chaque génération depuis son arrière-grand-mère, Sihème. Chacune d’elle parle à sa fille et raconte sa propre vie, pleine de rebondissements.

Quatre générations de femmes

Sihème est née en 1810. Ancienne esclave, elle fut affranchie par le dey d’Alger, Hussein Pacha pour avoir inventé un chasse-mouches. Suite à un incident malheureux avec le consul de France, elle doit fuir l’Algérie avec son mari Bekri. C’est le début de grandes aventures pour cette femme intelligente et féministe. À La Calle, elle crée la Cité des femmes affranchies et autarciques de l’est algérien.
C’est là qu’est éduquée sa fille, Gamra. Elle est la seule de la Cité des femmes autorisée à se marier. Et elle succombe au charme de Jamil de Fernana, un poète tunisien mélancolique, membre du Cercle des poètes guerriers. Elle aussi, se mariera plusieurs fois et vivra de grandes aventures. Entrepreneuse dans l’âme, elle souhaite s’imposer dans le commerce en ouvrant une auberge.
C’est enfin Zina qui s’adresse à sa fille Mabrouka.

Toutes ces femmes sont indépendantes et intelligentes. Et elles mettent un point d’honneur à transmettre à leur descendance l’art de lire et d’écrire.

bien s’occuper de ses filles, les éduquer et les faire grandir sont des choix de vie qui t’ouvriront les portes du paradis.

Un pays sous domination

Mabrouka est une femme qui a très tôt sacrifié son moi. Donnée en mariage au fils du circonciseur de la Montagne Blanche, elle subit une union sans amour. Son mari passe son temps à Tunis auprès de sa maîtresse. Mais il lui fera huit enfants.

Depuis que j’avais connu ton père, j’étais devenue une femme qui mangeait son verbe, donnait la vie et maudissait.

Ces quatre femmes, Sihème, Gamra, Zina et Mabrouka, sont des résistantes face au pouvoir des hommes de cette société patriarcale. Leur vie tumultueuse est consacrée à l’éducation des filles.

Ce roman est aussi le témoignage d’une autre emprise. Celle des colons, prompts à voler les trésors d’une terre qui ne leur appartient pas. On retrouve la Tunisie harcelée par les Turcs et convoitée par les Français.

Un conte des mille et une nuits

Saber Mansouri fait la part belle à l’oralité. Enrichi de nombreuses aventures, ce récit tient en haleine. J’ai aimé suivre ces héroïnes dans les lieux magiques de la Montagne Blanche, la Colline Rouge , la Rivière-bleue, la Source-de-l’aube, la colline de Bouzitouna.
Lala Mabrouka s’impose en conteuse pour contrer le projet de son fils. Car c’est aux femmes qu’appartiennent l’héritage du passé et de la mémoire.

Un superbe roman, vivant, trépidant et féministe qui ouvre merveilleusement ce mois africain.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

2 octobre 2025 à 13 h 17 min

Un titre accrocheur qui pose question. Merci pour ton avis.



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