Titre : L’albatros
Auteur : Raphaël Enthoven
Editeur : L’Observatoire
Nombre de pages : 240
Date de parution : 20 août 2025

 

Hommage à la mère

Avec ce roman à la fois intellectuel et intime, Raphaël Enthoven rend un hommage bouleversant à sa mère, Catherine David, décédée en 2023 des suites de la maladie de Parkinson.
Catherine était une intellectuelle exigeante, une pianiste passionnée de musique classique. Lorsque les premiers signes de la maladie se manifestent dans sa main gauche, elle redoute de ne plus pouvoir jouer. Pour entretenir l’espoir, son fils lui propose un projet mêlant lecture et musique. Mais la maladie progresse inexorablement, et Catherine n’est pas prête à affronter la perte de ce qui la définit.

On ne demande pas à un albatros encombré par ses ailes de combattre un taureau.

Une intellectuelle accomplie

Quelle épreuve pour un fils que d’assister à la déchéance physique et intellectuelle de sa mère, surtout lorsque celle-ci a tant brillé par son esprit.
La musique reste le fil conducteur de la vie de Catherine.  Chaque mélodie réveille, comme une madeleine de Proust sonore, les souvenirs d’une enfance heureuse. Mais Catherine n’était pas seulement musicienne : elle était aussi écrivaine et journaliste, animée par une véritable foi en la littérature.

Ma mère avait la religion de l’écriture, car l’écriture relie les êtres, les instants et les choses, à travers l’espace et le temps, et préserve de l’oubli les formes inédites que prend le goût de vivre.

Les dialogues entre la mère et le fils sur la littérature, la foi ou la philosophie sont à la fois vifs, drôles et poignants, parfois traversés par les incohérences que provoque la maladie. Ces échanges deviennent des moments de tendresse et de complicité, mais aussi de réconciliation différée.
Car la relation n’a jamais été simple : Enthoven évoque le manque de présence maternelle dans son enfance et la passivité de sa mère face à la violence d’Isidore, son compagnon. La maladie ravive donc les blessures anciennes tout en offrant la possibilité d’un pardon.

Fin de vie et réconciliation

Ce roman est aussi un constat lucide sur la fragilité des personnes âgées et sur la complexité du système de soins : la recherche d’une maison de retraite digne, les conditions parfois indignes des hôpitaux, la solitude des familles face aux démarches administratives.
Habité par le sentiment d’avoir abandonné sa mère trop souvent, Raphaël se veut cette fois au rendez-vous de ses derniers instants. Entre présent et passé, il mêle les souvenirs d’enfance, les regrets et la tendresse retrouvée.

Raphaël Enthoven dresse ainsi le portrait d’une femme libre, passionnée, mais aussi vulnérable — et, à travers elle, le miroir d’un fils qui se confronte à sa propre histoire. Entre philosophie et émotion,  L’Albatros devient une opportunité de renaissance du lien entre un fils et sa mère et un témoignage lucide et touchant sur la fin de vie.

Personnellement, j’ai été davantage touchée par le côté universel de gestion de la fin de vie que par la succincte et intime évocation de l’histoire de Catherine David.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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