Titre : Choses qui arrivent
Auteur : Touhfat Mouhtare
Editeur : Bayard
Nombre de pages : 176
Date de parution : 27 août 2025
Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve
La narratrice a quitté le Burundi après l’obtention du baccalauréat. Elle suit avec succès des études universitaires en France.
Il ne faut pas se réjouir trop et trop longtemps. Cela te rend aussi perméable qu’un bout de pain plongé dans du thé : tu gonfles et tu finis par exploser
C’est peut-être ce qui l’amène à trébucher. Avec son père diplomate, elle a beaucoup voyagé. Elle reste marquée par les violences entre Hutus et Tutsis. L’image de la vieille comptine de Gustave le crocodile revient souvent dans sa mémoire. A-t-elle droit à ce bonheur actuel ?
Aussi, le matin de son rendez-vous avec la Préfecture pour le renouvellement de son titre de séjour, elle ne se réveille pas.
La peur du sans papiers
Commence alors une longue bataille pour récupérer le droit à séjourner en France. Entre nostalgie de son pays et bagarre administrative pour obtenir le précieux sésame, elle vit avec la peur du sans-papiers.
Avec la peur, s’installe un sentiment d’illégitimité et de honte. Sera-t-il possible pour elle de domestiquer le crocodile ?
Qui choisit dans quel cœur placer la paix ou la peur, la quiétude ou l’urgence, la sécurité ou la panique ?
Le territoire de l’écriture
Avec l’écriture, Touhfat Mouhtare se crée un territoire. J’ai aimé suivre son parcours, sa prise de risque inconsciente, son lien avec les images et les contes de son pays. Elle est faite de cette terre, de cette histoire.
Pourtant, elle a pris le risque de partir en France pour y faire cinq ans d’études. Pour un jour, trébucher et remettre en cause ce bonheur.
Touhfat Mouhtare agrémente son récit d’images nostalgiques. J’ai aimé cette comparaison de la crainte du bonheur avec un morceau de pain gorgé de thé. C’est un plaisir capable d’étouffer si on n’y prend garde.
Toutefois, pour avoir lu plusieurs romans sur l’état d’âme de sans papiers, il me manque ici de l’intériorité, de l’émotion. Tant de récits expriment cette peur viscérale avec force. Le récit au ton léger reste ici plutôt superficiel et personnel.

Commentaires
Dommage en effet, ce point de départ de l’acte manque était prometteur.
Il y a de belles images mais on se perd un peu dans le récit