Titre : Je voulais vivre
Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 480
Date de parution : 20 août 2025
Une femme condamnée
Qui ne connaît pas Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas ? Ce roman, emblématique du genre de cape et d’épée, a inspiré d’innombrables éditions, pièces de théâtre et adaptations cinématographiques. Toutes célèbrent le courage de d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, valeureux mousquetaires du roi Louis XIII. De toute évidence, ces récits laissent peu de place aux voix féminines. Milady de Winter, personnage central et pourtant condamné d’avance, n’est jamais vraiment entendue : Dumas la dépeint comme une intrigante manipulée par Richelieu, figure presque démoniaque sans droit à la nuance.
Avec Je voulais vivre, Adélaïde de Clermont-Tonnerre entreprend de réhabiliter cette femme si souvent diabolisée. Le roman s’ouvre en 1628 : Olivier de la Fère, alias Athos, d’Artagnan et Percy de Winter accusent Milady d’avoir séduit un prêtre et commis plusieurs empoisonnements. Ils l’exécutent sans même lui permettre de défendre sa version des faits. Femme belle, femme dangereuse, donc forcément coupable. Ainsi, telle est la sentence d’une époque où l’on voit dans les femmes des sorcières ou des tentatrices.
Une héroïne magnifique et tragique
Pourtant, dès que l’on prête réellement attention à l’histoire d’Anne de Breuil — devenue Charlotte Backson puis Milady de Winter — un autre portrait apparaît. Non pas celui d’une criminelle machiavélique. Mais celui d’une enfant blessée dont la beauté n’a cessé d’attiser la convoitise et la violence des hommes.
Adélaïde Clermont-Tonnerre peint un monde où le patriarcat règne sans partage : pédophilie, viols, mariage forcé… le consentement féminin n’a aucune existence. Anne perd très tôt tout ce qui lui est cher, et chaque étape de sa vie porte la marque indélébile des abus subis. Si quelques âmes bienveillantes traversent son chemin, ce sont surtout des hommes avides de pouvoir qui forgent son destin, la condamnant avant même qu’elle ait pu choisir sa voie.
Même d’Artagnan, en proie à des cauchemars récurrents pendant la bataille de Maastricht en 1673, avoue ses doutes à son aide de camp. Comme nous, il finit par se demander : de quoi Milady est-elle vraiment coupable ? D’être désirable ? D’avoir survécu ? Ou simplement d’être une femme dans un monde qui ne leur pardonne rien ? D’avoir, au fond, eu le tort immense de vouloir vivre ?
Un roman haletant, traversé par un souffle épique. En miroir du chef-d’œuvre de Dumas, Adélaïde de Clermont-Tonnerre éclaire enfin le visage d’une femme aussi courageuse que lumineuse, déterminée à reprendre en main son destin et à se venger des bassesses des hommes. Une réhabilitation vibrante, qui redonne à Milady la place et la voix qui lui ont trop longtemps été refusées.

Commentaires
Il me tente beaucoup, je l’ai reservé à la bibliothèque !
Tu ne seras pas déçue
Lors de ma dernière relecture des Trois mousquetaires, j’ai été frappée par la misogynie ambiante qui avait largement refroidi l’enthousiasme que j’avais eu adolescente. Je serai donc ravie de lire cette vision renversée de l’histoire.
Et c’est superbement bien écrit. Je te conseille cette lecture
Je me réserve cette lecture pour les vacances de Noël, au vue du nombre de pages.
Des vacances en bonne compagnie 😉
Je suis contente qu’il t’ait plu et je suis d’accord avec tout ce que tu écris !
Je l’ai lu dans le cadre d’un club de lecture sur le thème des femmes remarquables. Je ne serais peut-être pas allée vers un roman historique autour des Mousquetaires. Et cela aurait été vraiment dommage