Titre : Le poids des os
Auteur : Shi-Li Kow
Littérature malaisienne
Titre original : Bone weight and other stories
Traducteur : Dominique Vitalyos
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 272
Date de parution : 28 mai 2026j
Une somme d’émotions
Dans son premier roman, La somme de nos folies, Shi-Li Kow, autrice malaisienne issue de la communauté chinoise de Kuala Lumpur, déploie une grande diversité de points de vue. Entre générations, entre passé et futurisme, entre quotidien et légendes ancestrales, ses récits dessinent une réflexion riche sur les différentes strates de la société, mais aussi sur la famille et les enjeux écologiques.
Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il entre dans l’univers d’une autrice passionnée par les mots. Comme certains de ses personnages, Shi-Li Kow se fait observatrice du monde : elle sait regarder les hommes, tout en levant parfois les yeux vers le ciel et les nuages. Ses nouvelles mettent ainsi en scène des figures sensibles, souvent traversées par une forme de poésie discrète.
Parmi elles, la plus marquante est sans doute cette jeune sans-papiers de la troisième nouvelle. Employée à la plonge dans un restaurant, elle dort le soir dans un parc et se lave à la fontaine sous la lune. Une existence précaire, racontée avec une grande délicatesse.
Une vision large
Shi-Li Kow aime confronter les extrêmes. La douceur presque naïve de certains personnages se heurte brutalement à la violence ou à l’indifférence du monde. L’autrice met ainsi en tension croyances et réalités sociales, innocence et cynisme.
Dans certaines nouvelles, les traditions spirituelles asiatiques côtoient des logiques plus contemporaines, parfois détournées en opportunités commerciales douteuses. Ainsi des compagnies d’assurance proposent une réincarnation après un rajeunissement progressif ou l’effacement d’évènements douloureux. Ces croyances, instrumentalisées ou mal comprises, peuvent alors engendrer des dérives aux conséquences bien réelles.
Plusieurs textes soulignent également les fractures sociales. Un propriétaire de Lamborghini peut se garer sans difficulté sur une place réservée aux personnes handicapées, tandis que la mort d’un balayeur peut être effacée par une simple compensation financière. Dans Poussière d’amiante, ciel de silice, nouvelle d’anticipation, les dérèglements climatiques accentuent encore ces inégalités déjà profondes.
Ainsi, l’autrice oppose sans cesse les temporalités et les mondes. Passé et futur, croyances et corruption, réalisme cru et échappées fantastiques. Elle émeut, interroge, dérange parfois, amuse aussi par endroits grâce à une ironie mordante. Aucune nouvelle ne laisse indifférent.
Un recueil de vingt-cinq nouvelles
Le recueil rassemble vingt-cinq nouvelles aux formats très variés, du texte d’une page aux récits plus développés. Cette diversité de longueurs permet à l’autrice de moduler son approche narrative.
Certaines histoires s’imposent particulièrement. J’ai notamment été touchée par celle de Naïn, mariée à treize ans à Teacher, aujourd’hui accusée d’avoir causé la mort du bébé d’Aïsha. Le récit, construit en remontant du drame vers les origines du personnage, éclaire avec force la dureté de son parcours.
La question familiale est également centrale dans la quinzième nouvelle. Un couple regrette que leur fils, installé à Melbourne, ne les ait pas invités à son mariage. Peut-être éprouve-t-il de la honte envers ses parents, éleveurs de poulets. Des années plus tard, il revient pourtant avec sa femme et leur enfant atteint d’un handicap. Il demande alors à sa mère de quitter son pays et son mari pour les aider à s’occuper de l’enfant. Un dilemme déchirant pour Mam.
J’ai lu ce recueil avec un réel intérêt. Shi-Li Kow captive par sa puissance narrative et par son immersion sensible dans la réalité malaisienne, tout en donnant à voir des destins profondément humains.

Commentaires
Très tentant ces nouvelles. Merci 😃