Titre : Elle le mangerait
Auteur : Nicolas Robin
Editeur : Le soir venu
Nombre de pages : 240
Date de parution : 27 août 2026
Un sujet atypique
Au milieu d’une rentrée littéraire où paraissent près de 500 romans, l’un des enjeux est de parvenir à se démarquer. Par le style, le charisme d’un personnage, un sujet d’actualité ou, au contraire, par un thème rarement exploré.
C’est le cas ici. Personnellement, j’ai peu souvent rencontré de romans consacrés à l’érotomanie. Et Nicolas Robin s’empare de ce sujet avec beaucoup de justesse, mais aussi une bonne dose d’humour.
Une rencontre providentielle
Frédérique est une grande femme rousse de trente-cinq ans. Hôtesse au sol dans un aéroport, elle vit avec le complexe de sa taille et le sentiment de n’avoir jamais été aimée. Pas même par sa mère, qui lui préférait sa sœur.
Après une rupture particulièrement violente avec Julien, elle consulte un psy. Sa voisine, Marie-Jo, une hôtesse de l’air de soixante ans, amoureuse des chats, est devenue sa seule véritable amie.
Puis, un jour, dans la rue, Frédérique se fait bousculer par un homme. Elle s’emporte, mais un autre intervient pour prendre sa défense. Il est beau, prévenant, et elle le suit jusqu’à une galerie photo.
Gabriel est le frère de Rebecca, la photographe dont on inaugure l’exposition. Illustrateur, père d’une petite fille, il semble avoir tout pour lui plaire.
Frédérique tombe immédiatement amoureuse de lui. Mais chez elle, le sentiment va rapidement prendre des proportions démesurées.
Une descente aux enfers
Nicolas Robin construit son récit comme une montée progressive de la tension. Ce qui commence par une rencontre presque anodine se transforme peu à peu en une passion à sens unique, puis en une véritable obsession.
L’auteur maîtrise particulièrement bien cette escalade. Le déni de Frédérique, qui interprète chaque geste de Gabriel comme un signe, contraste avec la pudeur et la prudence de ce dernier. Peu à peu, le lecteur comprend que l’histoire d’amour que Frédérique croit vivre n’existe que dans son esprit.
Et lorsque la mécanique s’emballe, on n’est pas au bout de nos surprises. Certains lecteurs pourront trouver la fin démesurée. Pour ma part, elle m’a semblé parfaitement cohérente avec la démesure des sentiments de Frédérique et avec cette descente aux enfers construite tout au long du roman.
J’ai découvert Elle le mangerait dans le cadre de mon rôle de jurée pour le Prix du Roman Fnac. Je ne serais sans doute pas allée spontanément vers ce livre, et c’est précisément ce qui rend la découverte intéressante. J’ai non seulement découvert une maison d’édition, mais aussi un roman qui ose s’emparer d’un sujet atypique et difficile.
Nicolas Robin traite l’érotomanie avec force, sans jamais renoncer à l’humour. Une façon habile de nous entraîner, presque à notre insu, dans les méandres d’un amour qui n’en est pas un.
