Titre : L’âge de déplaire
Auteur : Abibou Diouf
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages :  192
Date de parution : 19 août 2026

 

La mort du père

« Ce matin, papa est mort. » Un incipit qui fait immédiatement écho à un célèbre roman et place le récit sous le signe de la rupture. Celle d’un fils avec son père, mais aussi celle d’un homme avec les traditions qui l’ont façonné.

Fadel travaille comme chasseur de têtes dans un open space parisien. Un jour, son frère Malik l’appelle de Dakar pour lui annoncer la mort de leur père. Son éducation lui interdit de pleurer. Pourtant, dans la rue, bouleversé, le jeune homme s’effondre, jusqu’à croire apercevoir le fantôme de son père.

Retourner à Dakar, c’est retrouver la hiérarchie familiale, les rites ancestraux et les injonctions auxquelles il pensait avoir échappé. C’est aussi être jugé pour ses cheveux trop occidentaux et pour des choix de vie considérés comme incompatibles avec son devoir de fils cadet.

Religion, tradition et famille, ce triangle d’acier impose un modèle unique. 

Avec la mort du père, le fils aîné devient le nouveau patriarche. À Fadel revient la responsabilité de veiller sur sa mère. Mais le jeune homme est-il encore prêt à se conformer au rôle qu’on lui assigne ? N’a-t-il pas atteint, justement, l’âge de déplaire ?

Un choix de vie

Fadel est tiraillé entre son désir de liberté et son amour pour les siens, en particulier pour sa mère. Élevé par un couple vieillissant, il a grandi sous le poids d’injonctions contradictoires : être à la fois docile et viril, servile et puissant.

Des discours incrustés dans ma chair, me rappelant constamment qui j’étais censé être.

S’opposer aux règles de la société sénégalaise, c’est risquer de devenir un paria. Fadel en sait quelque chose : son homonyme, Fadel le Fou, artiste célibataire, a lui aussi choisi de vivre en marge. Mais le jeune homme refuse de se soumettre au mariage que sa famille veut lui imposer. Les sermons de ses proches et de l’imam ne suffisent plus à le convaincre.

À Paris, auprès de Lena, Fadel a appris à se libérer. Non par la provocation ou les grands discours, mais avec patience et intelligence, au fil des rencontres, des lectures et d’un autre regard porté sur lui-même. Il découvre qu’une autre vie est possible.

Reste à trouver le courage de l’assumer face à une famille pour laquelle le mariage est une obligation, la viande un attribut de virilité et la lecture presque un poison. Derrière le destin de Fadel se dessine celui d’une société en pleine mutation, prise entre traditions et aspirations nouvelles.

Le roman évoque aussi la disparition progressive de certaines pratiques culturelles, comme le Taajabóon, fête au cours de laquelle filles et garçons inversaient traditionnellement les rôles de genre. Une disparition qui accompagne  le durcissement des normes de virilité et la montée de l’homophobie.

Un premier roman audacieux

Avec ce premier roman, Abibou Diouf décrit avec finesse les règles qui régissent la famille sénégalaise et les contradictions auxquelles se heurtent ceux qui cherchent à s’en affranchir. Il fait de Fadel une figure de la résistance tranquille. C’est un homme qui ne cherche ni l’affrontement ni la rupture, mais simplement le droit de vivre selon ses propres choix.

Dans un univers où il faut éviter les conflits, taire ses désaccords et ne jamais dire tout à fait ce que l’on pense, Fadel tente d’imposer sa liberté sans renier ceux qu’il aime. Toute la force du récit tient dans ce dilemme intérieur. Comment devenir soi-même sans cesser d’être le fils que les autres attendent ?

Abibou Diouf choisit la douceur plutôt que la colère, la réflexion plutôt que la confrontation. Et fait de l’émancipation de Fadel une conquête fragile, mais profondément courageuse.

Il faut du courage pour être doux dans un monde brutal.

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

3 septembre 2026 à 15 h 47 min

Un premier roman prometteur donc. La douceur le rend particulièrement tentant.



4 septembre 2026 à 9 h 29 min

Ca a l’air d’être un très beau roman.



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