Titre : Les grues volent vers le sud
Auteur : Lisa Ridzén
Littérature suédoise
Titre original : Tranorna flyger söderut
Traducteur : Catherine Renaud
Editeur : La Peuplade
Nombre de pages : 432
Date de parution : 7 mai 2026
L’étiolement de la vieillesse
Bo a quatre-vingt-neuf ans. Depuis que sa femme, atteinte de démence, a été placée en établissement, il vit seul dans leur maison. Ses journées sont rythmées par les visites des aides à domicile. Il a une préférence pour Ingrid, mais apprécie aussi Kalle, le seul homme de l’équipe.
Pour tromper la solitude, Bo parle mentalement à sa femme. Il respire parfois son odeur, conservée dans un foulard enfermé dans un bocal. Il appelle régulièrement Ture, un ancien collègue de travail homosexuel que sa femme n’appréciait guère.
Que reste-t-il alors de sa vie, de son ancrage au monde ? Une banquette où il s’endort paisiblement avec son chien Sixten à ses côtés. Quel bonheur encore de sentir sa chaleur contre sa jambe et de passer la main dans son épais
pelage !
Mais Hans, son fils, en décide autrement. Il remplace la banquette par un lit médicalisé et envisage de lui retirer Sixten.
Les derniers fils qui le relient au monde
Comme beaucoup de personnes âgées, Bo vit à la fois dans ses souvenirs et dans un présent qui se rétrécit. Il repense à son père, dont la cruauté a peut-être laissé des traces dans sa propre relation avec Hans. Il se souvient de sa rencontre avec Ture, de leurs parties de pêche et des réticences de Frederika face à cette nouvelle amitié.
Et surtout, il se remémore les années passées avec sa femme, ses conseils, sa présence, tout ce qui constituait leur vie commune.
Son présent tient désormais à peu de choses. Il y a Sixten, les appels à Ture, les visites des aides à domicile et la présence lumineuse de sa petite-fille Ellinor. Des liens fragiles, mais essentiels. Et il ne faut surtout pas y toucher, au risque de le faire basculer dans le néant.
« Ce vide silencieux laissé par Sixten. Un néant qui a amplifié le vide que tu as laissé derrière toi. C’est étrange, mais quand Hans m’a pris Sixten, tu as commencé à me manquer encore plus. Un peu comme si c’était toi qu’il m’avait pris. »
Un regard juste sur la fin de vie
Lisa Ridzén porte sur la vieillesse et la fin de vie un regard à la fois tendre, lucide et profondément juste. Elle montre ce moment où le corps se fragilise, où le quotidien se réduit, où l’on se réfugie dans les souvenirs et les habitudes pour continuer à exister.
Mais ce temps de vie, parfois humiliant pour celui qui le traverse, est aussi difficile pour ceux qui accompagnent. Jusqu’où faut-il protéger une personne âgée sans lui retirer sa liberté ? Comment décider pour elle sans lui ôter ce qui lui donne encore le sentiment d’être vivante ?
Cette question m’a particulièrement touchée, car j’ai connu ce dilemme autour d’un chien. De toute évidence, ma mère n’était plus en mesure de s’en occuper. Par moments, sa présence l’agaçait, la fatiguait. Mais le jour où nous avons voulu le lui retirer, pour son bien comme pour celui de l’animal, elle s’est effondrée.
Je suis d’ailleurs profondément reconnaissante aux aides-soignantes de la résidence qui ont accepté de garder le chien auprès d’elle jusqu’à sa mort. Il était devenu bien davantage qu’un animal de compagnie, il était le dernier lien avec sa vie d’avant.
C’est aussi ce que raconte Les grues volent vers le sud . La vieillesse est un lent dépouillement, et chaque objet, chaque habitude, chaque présence peut devenir une parcelle de vie à laquelle on s’accroche.
Un roman profondément émouvant, qui ne cherche jamais à imposer une réponse, mais nous oblige à regarder autrement ceux dont la vie se rétrécit sous nos yeux.

Commentaires
Décidément, les avis sont unanimes à propos de ce roman. Je l’ai recommandé pour ma petite bibli de village, je pense qu’il va plaire. (et quand il sera revenu, je pourrai le lire aussi)
Un vieil homme, un chien, ça fonctionne toujours bien.
Fort heureusement il y a plus que ça.