Titre : Eden
Auteur : Pierre Ducrozet
Editeur : Actes sud
Nombre de pages : 256
Date de parution : 19 août 2026

 

En perte de repère

Eden a vingt-trois ans. À Marseille, il survit de petits trafics, revend la ferraille récupérée la nuit sur les chantiers et, de temps à autre, se laisse happer par une battle de street dance.

C’est un garçon de son temps, il se déplace avec brusquerie et cache sa tendresse sous sa capuche.

En rupture avec sa famille, il peine à trouver sa place. Amalia, sa mère, brillante géographe de renommée européenne, ne s’est jamais vraiment occupée de lui. Pire, elle lui a un jour révélé qu’elle n’était pas sa mère biologique. De son père, il ne sait rien. Son seul point d’ancrage demeure Anna, la fille d’un ami d’Amalia.

À l’été 2024, Amalia disparaît une nouvelle fois avant de le recontacter quelques mois plus tard. Elle affirme travailler au projet de sa vie, la fondation d’une société expérimentale au nord de la Nouvelle-Papouasie.

Un voyage vers l’inconnu

Après une violente altercation dans les rues de Marseille, Eden n’a d’autre choix que d’accepter l’offre de Sören Duvall, richissime armateur qui finance le projet d’Amalia.

Le voilà embarqué sur un gigantesque porte-conteneurs en route vers Jakarta.

À bord, il découvre un équipage cosmopolite dont les membres semblent avoir renoncé à toute vie terrestre. Parmi eux, Issa, né au Tchad, a traversé les camps de migrants, l’esclavage et la guerre avant de trouver refuge sur ce navire, symbole d’une mondialisation qui transporte sans relâche marchandises et destins.

Au contact de ces hommes venus de tous les horizons, Eden découvre l’altérité, apprend à faire confiance et commence peu à peu à réhabiter son propre corps. Mais d’autres vertiges l’attendent encore avant de retrouver sa mère sur une île perdue.

Danser au bord du vide

Sous les traits d’un roman d’aventures, Eden raconte avant tout une quête de soi. Celle d’un jeune homme qui tente d’échapper à la violence, aux déterminismes familiaux et aux normes qui l’étouffent.

Comme souvent chez Pierre Ducrozet, la réflexion écologique et politique irrigue le récit. Le projet utopique imaginé par Amalia, sans doute volontairement flou, sert surtout de toile de fond. À travers la figure de Sören Duvall, incarnation d’un capitalisme mondialisé et tentaculaire, l’auteur interroge les dérives de notre époque sans jamais sacrifier le romanesque au discours.

La véritable force du récit tient sur les rencontres humaines. Ce sont elles qui transforment Eden. Son voyage géographique devient un voyage intérieur, une traversée où le corps, longtemps contraint ou malmené, retrouve peu à peu sa liberté. La danse, omniprésente en filigrane, devient alors bien plus qu’un exutoire. C’est une manière d’habiter le monde autrement, d’apprivoiser le vide et, enfin, de retrouver sa propre boussole.

Ce n’est peut-être pas mon roman préféré de l’auteur mais j’ai passé un agréable moment avec Eden.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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