Titre : L’oiseau du bon dieu
Auteur : James Mc Bride
Littérature américaine
Titre original :
Traducteur : François Happe
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 480
Date de parution Totem : 4 mai 2017
Date de parution Broché : 20 août 2015
La rencontre de deux personnages
Ce roman de James Mc Bride repose sur deux personnages incroyables. Leur personnalité illumine ce récit de la première à la dernière page.
Leur lien est à priori improbable et pourtant il devient solide, vital pour l’un comme pour l’autre.
Le narrateur, Henry Shackleford, est né en 1846 dans un village à la frontière du Missouri. Il est le fils d’un barbier prêcheur du Kansas. Sa mère, une femme douce à la peau très claire est morte en le mettant au monde. Cireur de chaussures, il traîne avec son père à la taverne de Dutch, un allemand costaud.
John Brown, abolitionniste blanc, parcourt le pays avec sa bande sanguinaire afin de libérer les esclaves noirs. Quand ils arrivent à la taverne de Dutch, les choses tournent mal. Le père d’Henry est empalé lors d’une bagarre. John Brown emmène donc avec lui ce petit garçon qu’il prend pour une fille.
Lorsque John Brown lui montre une échalote presque fossilisée qui lui sert de talisman, Henry, affamé, l’avale. Ainsi, Henry rebaptisée Henrietta prend le surnom de L’échalote. Et John le considère désormais comme son porte-bonheur. En plus de la plume de l’oiseau du bon Dieu. On n’est jamais assez protégé !
Lutter contre l’esclavage
John Brown n’a qu’une obsession, mettre fin à l’esclavage. Nous sommes quelques années avant le début de la guerre de Sécession. Et pour ce faire, il compte sur Dieu. Folie ou croyance aveugle, l’homme flanqué d’une cinquantaine d’hommes dont une partie de sa vingtaine d’enfants, n’hésite pas à affronter des armées pour sauver les Noirs de l’esclavage.
L’échalote déguisée en fille attend patiemment le moment où il pourra s’enfuir et retourner à la taverne de Dutch. Mais, suite à la mort de Fred, le fils aîné de John Brown et face la douce folie de l’abolitionniste croyant, Henry reste avec ses nouveaux amis.
A l’issue de la bataille d’Osawatonie, les missouriens pensent avoir tué Brown et ils capturent Henry et Bob, un esclave noir. Ils sont emmenés dans un hôtel de passe à Pikesville. Henry découvre le monde de la prostitution et la réalité de l’esclavage. Si chacun le croit fille, lui éprouve pour la première fois le sentiment amoureux pour Pie, une prostituée métisse.
Mais son batifolage est de courte de durée. Le conflit entre esclavagistes et John Brown et ses abolitionnistes reprend.
J’étais plus le même, d’une certaine façon, j’étais en train de changer, et pour la première fois, j’en venais à me faire mes propres opinions sur le monde.
Du Canada à Harpers Ferry en Virginie
John Brown, accompagné d’Henrietta, sillonne le pays pour lever des fonds. Son nouveau projet est d’attaquer l’arsenal fédéral de Virginie, endroit gardé par des milliers d’hommes. Il souhaite armer les Noirs afin qu’ils conquièrent eux-mêmes leur liberté.
Au Canada, il croise Harriet Tubman.
Dieu vous a donné la graine. Mais l’arrosage et l’entretien de cette graine dépendent de vous.
Elle est prête à le rejoindre quand il sera prêt. Mais celui qui peut s’enliser dans des heures de prêche, avoir des idées de génie mais aussi la folie de ne pas voir le danger sera-t-il capable d’entraîner les Noirs derrière lui ?
La troisième partie de ce roman est consacrée la préparation chaotique et au déroulement de la prise de l’arsenal par John et son équipe peu nombreuse, imparfaite mais courageuse.
Un roman hors du commun
Avec un humour et une narration truculents, James Mc Bride revisite le destin de John Brown ( 1800-1859). Porté par sa foi, l’homme ne recule devant aucun danger. Emporté dans sa logorrhée religieuse, il s’engage dans les projets les plus fous comme attaquer des armées de mille hommes avec un groupe d’une vingtaine de proches. Sa folie l’emporte dans une grande naïveté qui fait aussi tout son charme.
En face, il y a l’Échalote, une jeune garçon déguisé en fille, tiraillé entre ses désirs. C’est un personnage incroyable, qui, sans jamais l’avouer vraiment voit sa conscience évoluer au cours de ses années auprès de John Brown.
James Mc Bride construit un roman drôle, haletant et touchant autour d’un moment sombre de l’histoire de Amérique.
Lu dans le cadre du mois américain
