Titre : Les enfants gâtés de Butare 
Auteur : Dorcy Rugamba
Littérature rwandaise
Editeur : JC Lattès
Nombre de pages : 240
Date de parution : 19 août 2026

 

Un pélerinage douloureux

Binwa, enfant de Butare, est installé à Dakar depuis trente-deux ans. Aujourd’hui, en 2026, une fois encore, il revient sur les lieux de son enfance.

Tous les ans , au mois de septembre, Binwa revient au pied du mont Huye, dans l’école où, de douze à dix-huit ans, il passa de l’enfance à l’âge adulte.

Mais sa ville natale a aujourd’hui disparu. Binwa, incapable de réunir son être apparent et son moi fracturé, se sent devenir un monstre . En arpentant les couloirs de son ancienne école de Karubanda, il se souvient.
Dans les années 80, Butare, ville du Rwanda, est un haut-lieu du savoir. Certes, elle n’avait pas d’université d’élite comme Kampala, Lubumbashi ou Kinshasa, grandes villes des pays voisins. Mais elle rayonnait de son seul art, la culture.
Butare fut lourdement marquée par le génocide des Tutsi en 1994. Mais jamais Dorcy Rugamba ne l’évoquera directement, ni ne citera le nom des Tutsi ou des Hutu.

dans ce pays, ce n’est pas toi-même qui décides de l’étiquette que tu portes – c’est celui qui te la colle.

Pour l’auteur, l’essentiel est de montrer l’impact sur la jeunesse du pays.

Au pays de l’enfance

Binwa est le quatrième enfant de Callixte Karame, professeur de biologie intransigeant et joueur invétéré et de Bernadette, écrivain public.
Le jeune garçon, scolarisé au groupe scolaire des frères maristes, trouve vite sa place auprès de Hamza et Selemani. Les trois garçons sont passionnés de course de moto et de football. Ils aiment construire des motos en fil de fer.
Même si ils sont parfois témoins de violence entre les militaires et les footballers du club local, ce sont des garçons comme les autres.
Les rivalités s’accentuent toutefois à l’Université. Mais là aussi, malgré les différents clans, et les débordements lors de la période de bizutage, le principal souci de cette jeunesse reste lié à l’éveil de la sexualité.

Un monde en mouvement

Si l’auteur analyse le passé au travers des yeux d’un enfant puis d’un adolescent, les bruits du monde sont présents et inquiétants.
Après la chute du mur de Berlin, le front patriotique rwandais envahit le territoire depuis l’Ouganda. L’état d’urgence est décrété. L’obligation de multipartisme, la liberté d’expression galvanisent les discours de haine. En avril 1994, l’attentat contre l’avion qui transportait le président rwandais est l’évènement déclencheur d’une guerre ethnique.

Toute manifestation de la vie publique était devenue politique, tout était irrémédiablement ramené à la lecture ethnique.

Pour ces jeunes étudiants, c’est la fin d’un monde. Leur jeunesse se clôt dans la haine, les insultes et le meurtre.

L’auteur témoigne du massacre des Tutsi en 1994, sans s’appesantir sur les violences du génocide. Il veut surtout montrer ce que cette catastrophe a détruit. Comment une génération, libre, ambitieuse et pleine d’avenir peut rapidement perdre l’insouciance, le bonheur, l’amour et l’amitié.

La violence des évènements actuels en France modifie sûrement ma perception, mes ressentis de lecture. Mais je ne peux m’empêcher de penser que nous sommes en train de faire vivre la même chose à notre jeunesse.

Nous n’avons pas seulement subi la violence. Nous nous y sommes soumis.

Dans le cadre du mois africain, je suis un peu tombée par hasard sur ce roman. Et c’est une excellente découverte.

Auteur/autrice

contact@surlaroutedejostein.fr

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