Titre : Championne
Auteur : Nina Bouraoui
Editeur : JC Lattès
Nombre de pages : 288
Date de parution : 19 août 2026
Emprise familiale
La jeune narratrice préfère passer son temps à taper dans une balle de tennis contre le mur de son immeuble plutôt que de rentrer chez elle. Enfant non désiré, elle déteste sa famille. Son père est violent et elle se souvient d’ailleurs que furieux, il aurait pu la tuer sur le balcon de leur appartement. Sa mère, faute de garçon, a décidé que sa seconde fille serait masculine. Sa soeur, blonde aux yeux bleus, est son contraire, elle attise le regard des hommes.
La famille doit être une école, c’est elle qui doit apprendre l’alphabet de l’amour et les mots que forme cet alphabet, c’est elle qui doit apprendre le respect…
Le manque d’enfance la rend vulnérable. Elle ressent de la honte pour son milieu et de la culpabilité à vouloir fuir sa famille.
Taper dans la balle
C’est avec toute la rage contenue qu’elle frappe dans la balle. Mais si elle rêve d’être une championne, ce ne serait pas une championne de tennis. Non, elle rêve d’être une championne de l’amour. Elle veut savoir ce que cela fait d’être aimée.
Toutefois son jeu l’aide à mettre un pied dans le quartier des villas. Chacune avait son court de tennis. Régulièrement, elle peut jouer avec des enfants de riches familles et parfois avec leurs pères.
Emprise sociale
Fille d’immigrés et des quartiers modestes, elle découvre un autre monde. Mais lorsque la fille du jardinier de la villa souhaite s’immiscer dans le groupe, elle comprend qu’elles sont toutes deux d’un autre milieu. Et l’attitude du groupe face à cette fille met en évidence la honte ressentie par le clivage social.
Les meutes actionnent les mécanismes de haine, de sauvagerie et commettent de grands crimes…
Le style Bouraoui
Nina Bouraoui revient ici à la fiction, avec, toutefois, une narratrice proche de son univers. En suivant le monologue intérieur de cette jeune fille, tapant avec rage dans sa balle, l’auteur revient en boucle sur les traumatismes de l’enfance. Ce sont de longues phrases, le secret d’une confidence toujours retardée qui traduisent la blessure d’une enfance sans amour.
Mais derrière cette longue introspection, l’auteur développe tant d’idées sur la violence des hommes, la notion de famille, les comportements sociaux, la féminité et même la beauté refuge de la nature que je pouvais noircir des pages de citations.
Si les hommes s’interrogeaient il faudrait changer la manière de vivre, la manière de penser, la manière de gouverner, la manière de croire, cela prendrait des siècles et des siècles, je vous l’ai déjà dit on n’échappe pas facilement à l’emprise , qu’elle soit familiale, nationale, universelle.
Tout le monde se trompe, la réponse à la mort n’est pas dans la reproduction, n’est pas dans l’enfantement, n’est pas la famille, la réponse à la mort se trouve dans la beauté des choses et quand je dis les choses je veux parler de la nature, de la beauté de la nature…
Un constat assez pessimiste mais plutôt réaliste.
