Titre : A voix haute
Auteur : Polina Panassenko
Editeur : L’Olivier
Nombre de pages : 272
Date de parution : 21 août 2026

 

La Russie contemporaine

La narratrice a une vingtaine d’années. Née en Russie, elle vit désormais en France auprès de son père et de Nicole, une femme issue du monde paysan qui s’occupe d’elle depuis la mort de sa mère.

Je suis la descendante d’une famille qui a tout donné pour un pays où je ne vis plus.

Elle rêve de théâtre et décide de partir à Moscou pour intégrer l’école du Théâtre national. Tenace, elle y parvient et s’installe chez son grand-père. Mais la découverte de ce nouvel univers est rude. En effet, elle se heurte au virilisme des professeurs, aux silences et aux peurs de son grand-père, tandis que Moscou connaît les manifestations de la jeunesse contre les élections présidentielles truquées de 2011.

Peu à peu, derrière les silences du vieil homme, elle devine une histoire enfouie. C’est celle de son arrière-arrière-grand-père, Ivan Evdokimovich Rebizov, mort à Izvestkovy Razyezd en 1938.

Commence alors une enquête qui va la conduire au cœur des heures les plus sombres du stalinisme.

L’URSS de Staline

Ivan Rebizov était un paysan russe. Arrêté en 1937 pour avoir vendu de la viande au marché en pleine collectivisation, il est accusé d’être un koulak, un « paysan riche ». Il tente de se cacher à Moscou, mais est dénoncé puis envoyé au Goulag.

Comme des milliers d’autres, il disparaît dans la machine répressive stalinienne avec ses arrestations, déportations, exécutions, camps.

La narratrice refuse pourtant que son aïeul disparaisse une seconde fois. Elle veut retrouver sa trace, inscrire son nom, ses dates de naissance, d’arrestation et de mort sur les murs de Moscou. Une manière, dit-elle, de « réparer le monde ».

De Moscou aux forêts de la Kolyma, elle affronte les bureaux des archives, les dossiers incomplets, les documents illisibles et les silences administratifs. Elle avance à tâtons pour retrouver le lieu exact de la mort d’Ivan. Elle parle de « catabase », ce voyage aux Enfers entrepris pour ramener un mort parmi les vivants.

À cette quête intime répond le paysage immense de la Sibérie, ses territoires glacés et presque irréels, dont la beauté contraste avec la violence de l’histoire qui s’y est déroulée.

Des murs sourds

Car le stalinisme ne s’est pas seulement inscrit dans les archives et les camps. Il a laissé une peur qui se transmet de génération en génération.

Le grand-père de la narratrice chuchote, se méfie de ses voisins, redoute de se faire remarquer. Même le langage porte la trace de cette histoire. Ainsi,  pour ne pas se distinguer du groupe, il n’emploie presque jamais le « je ».

Les émotions ont été remplacées. On leur a substitué l’emphase et la fierté de la victoire.

À travers son histoire familiale, Polina Panassenko dessine ainsi le portrait d’une Russie contemporaine encore hantée par son passé. Une mémoire que le pouvoir actuel ne cesse pourtant de vouloir effacer.  Sous Vladimir Poutine, le travail de mémoire sur les crimes soviétiques est entravé, tandis que les hommages aux victimes disparaissent de l’espace public.

La quête d’Ivan Rebizov devient alors bien plus qu’une recherche généalogique. En retrouvant son nom et en lui redonnant une place dans l’histoire, la narratrice oppose à l’effacement une forme de résistance. À voix haute est à la fois un récit familial, une enquête historique et un acte de mémoire. C’est une manière de faire entendre les voix que l’Histoire avait condamnées au silence.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

31 août 2026 à 16 h 50 min

J’avais bien aimé son premier roman « autofictionnel », qui était plutôt écrit sur le ton de l’humour. Ici, l’autrice explore visiblement une veine plus historique et plus douloureuse.



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