Titre : En l’absence de corps
Auteur : Anne Plantagenet
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 368
Date de parution : 27 août 2026

 

Le procès Jubillar

Le 17 octobre 2025, Cédric Jubillar est reconnu coupable du meurtre de sa femme, Delphine. Et il est condamné à trente ans de réclusion criminelle. Delphine Jubillar, née Aussaguel, avait disparu le 16 décembre 2020. Elle s’apprêtait alors à quitter son mari pour aller vivre avec son amant.

Le procès débute le 22 septembre 2025, en l’absence de corps. L’actualité récente semble aujourd’hui aller à l’encontre du titre de ce récit puisque, quelques semaines avant son procès en appel, Cédric Jubillar a finalement avoué son crime et livré des indications sur le lieu où il aurait abandonné le corps de sa femme.

Pour autant, le récit d’Anne Plantagenet est loin d’être devenu obsolète. Il propose une vision précise des faits, des informations claires sur le déroulement d’un procès d’assises et surtout un portrait glaçant et réaliste de l’accusé.

Un regard extérieur et juste

Anne Plantagenet a suivi le procès pour Vanity Fair. Elle n’est pas juriste ni spécialiste des affaires judiciaires. Mais elle est simplement une femme, une mère, qui porte sur cette affaire un regard à la fois sensible et juste.

En néophyte, elle commence par nous expliquer ce qui se passe dans un tribunal et, tout au long du procès, prête une attention particulière aux attitudes, aux gestes et aux silences de chacun.

Bien sûr, au fil des témoignages, nous découvrons les détails de l’affaire, mais aussi le passé et la personnalité de l’accusé, de la victime et des témoins.

Anne Plantagenet aborde ce procès avec sa propre blessure de mère. Elle reste très discrète sur les origines de cette douleur, mais son vécu affleure dans son regard.

Son récit « Il est composé de fragments de réel saisis dans la salle d’audience, de mon bout de banc, mixés avec ma douleur secrète, que personne ne soupçonne. »

 

Un récit riche de réflexions

J’ai lu ce récit dans le cadre de mon rôle de jurée pour le Prix du Roman Fnac. Et, franchement, je n’étais pas particulièrement tentée par un livre consacré à un fait divers abondamment commenté dans les médias. Pourtant, il s’est révélé être l’une de mes meilleures lectures parmi les cinq ouvrages qui m’ont été confiés.

J’ai aimé le regard et la sensibilité de l’autrice. Elle décrit avec précision le fonctionnement d’un procès d’assises et les détails de l’affaire, tout en ouvrant la réflexion sur des questions essentielles.

L’affaire Jubillar permet d’aborder la violence familiale et le féminicide, mais aussi l’effacement de toute trace d’existence. Les notions de trace et d’effacement parcourent le récit. Anne Plantagenet interroge notamment notre manière de nommer les affaires criminelles. Ainsi, nous nous souvenons de Cédric Jubillar plus que de Delphine Aussaguel, de Dominici davantage que de ses victimes.

Elle évoque également l’attirance de certaines femmes pour les assassins, la notion de devoir conjugal ou encore la protection de l’enfance lors des procès.

Le récit parle enfin du courage des femmes et du rôle des mères. Au cours du procès, Anne Plantagenet publie dans Vanity Fair une lettre à la mère de Cédric Jubillar. « Le bleu est la couleur du chagrin » est un magnifique texte qui rend hommage à cette mère brisée, mais digne.

Les aveux récents de Cédric Jubillar donnent finalement au récit une résonance nouvelle. Mais au-delà du fait divers, Anne Plantagenet nous invite surtout à regarder autrement ceux qui restent.  Les victimes, les proches, les mères et tous ceux que le crime laisse derrière lui retrouvent une place nécessaire.

 

 

Auteur

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