Titre : Tuer le vieux
Auteur : Daria Marx
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 160
Date de parution : 19 août 2026
L’impossible résilience
Après le divorce de ses parents, la narratrice, âgée de treize ans, passe ses vacances chez « le vieux ».
Tout le monde sait qu’il la maltraite, notamment à cause de son poids. Mais personne ne semble vouloir voir l’essentiel.
Obsédé par la propreté et le contrôle, le vieux surveille tout ce que mange la fillette, mais aussi ce qu’elle défèque. Il la lave, la contraint à s’allonger dans la salle de bains et la viole. Elle tente de parler, d’alerter. En vain.
Personne ne croit les enfants, même pas les filles blondes et bien peignées.
À l’adolescence, le traumatisme s’exprime autrement. Elle devient boulimique, ses résultats scolaires s’effondrent, elle s’isole. Puis, bien des années plus tard, après la mort d’Alexandre, son compagnon, elle se souvient de ce que lui a fait « le vieux ». Et elle comprend alors qu’elle ne pourra pas simplement tourner la page.
Elle décide de porter plainte. Mais même là, la violence institutionnelle prend le relais. Ainsi, son rendez-vous est annulé, faute d’effectifs au commissariat.
Et puis, ça embarrasse tellement un enfant violé. Ça fait des frais et des ennuis, ça demande justice, ça a besoin de suivi, et ça pousse à admettre qu’on n’a pas su protéger, qu’on n’a pas su voir, qu’on était trop occupés.
La force du roman est de montrer l’impossible résilience face au traumatisme de l’enfance. En effet, il lui est impossible de passer à autre chose. Elle ne peut clore ce chapitre.
La vengeance comme seule issue
Alors, pour continuer à vivre, la narratrice doit affronter ce qui la hante. Son voyage intérieur va se doubler d’un voyage géographique, un retour sur les lieux de l’enfance et de l’horreur.
Je suis une enfant violée qui ne sait pas comment grandir sans se venger.
Elle prend le train vers le Pays basque, vers son agresseur, vers cette maison où tout a commencé. Le déplacement devient une plongée dans la mémoire. Elle retourne physiquement là où elle voudrait pouvoir revenir en mémoire. Aujourd’hui, elle n’est plus une enfant impuissante, mais une femme qui veut reprendre le contrôle de son histoire.
Daria Marx construit ainsi un récit tendu entre introspection et suspense. Une question accompagne la narratrice tout au long du voyage. Que fera-t-elle lorsqu’elle sera arrivée au bout du chemin ?
Une colère à vif
Avec la libération de la parole, les récits de violences sexuelles et d’enfance maltraitée se sont multipliés. Mais ce premier roman se distingue par la puissance de sa colère.
Daria Marx ne cherche ni à adoucir ni à expliquer. Elle raconte frontalement, avec des mots simples, directs, parfois brutaux, les violences infligées à l’enfant et leurs conséquences sur la femme qu’elle est devenue. La colère, le dégoût et le sentiment d’injustice traversent chaque page.
Et surtout, elle maintient jusqu’au bout une tension particulière. Même elle, ne sait pas ce qu’elle fera de sa vengeance.
Finalement, ce roman n’est pas seulement le récit d’un traumatisme. C’est aussi celui d’une femme qui, faute de compréhension de la famille et de la société, doit affronter son tortionnaire pour avancer.
Un premier roman fort, porté par une voix sans concession, qui montre aussi l’importance d’une forme de justice restaurative.
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