Titre : Quitter Berlioz
Auteur : Emmanuel Flesch
Editeur : Calmann-Lévy
Nombre de pages : 256
Date de parution : 20 août 2025
L’amitié en renfort
Quitter Berlioz est d’abord un roman de l’amitié — de ces liens tenaces qui résistent à tout, même à ce qui sépare. Younes et Serge ont grandi ensemble dans la même cité. Adultes, ils sillonnent Paris comme coursiers pour une entreprise dont la cadence broie les corps autant que les volontés. De cette pression continue naissent les dérapages qui conduiront Younes en prison.
À sa sortie, il ne comprend pas pourquoi Serge lui en veut. D’où viennent ces points de suture qui barrent désormais le crâne de son ami ?
Une réinsertion en équilibre précaire
Libéré, mais contraint par un bracelet électronique, Younes tente de retrouver la rive d’une existence qui n’a pas attendu son retour. Tout a bougé durant son absence : les repères, les liens, la confiance.
Serge garde sa rancœur, Vanessa semble flotter entre fidélité et lassitude, et même Vincent, son patron, pourrait ne plus le garder longtemps dans l’équipe de coursiers. Il lui faut composer avec des horaires infernaux tout en respectant l’obligation d’être rentré chez ses parents avant vingt heures.
Pourtant, Younes fut un élève brillant. Mais comment s’extraire de la « zone », de cette cité Berlioz où, comme Salim — son frère — beaucoup glissent vers la délinquance ? Emmanuel Flesch tisse passé et présent pour éclairer les liens complexes qui unissent Younes et Serge, leur loyauté, leurs fissures.
Le métier qui use
Chez Panam’Express, les semaines de cinquante heures sont la norme, et les risques permanents. Vincent, le patron, pousse ses employés pour tenir ses objectifs, au point d’en faire une devise :
Chez Panam’Express, y a pas d’horaires, y a que des délais.
Chacun finit par jouer sa peau pour un salaire de misère — que beaucoup complètent en dealant dans les marges de la ville.
Un roman d’époque et de maintenant
Emmanuel Flesch ponctue son récit de fragments d’époque — les derniers francs, les balbutiements de Google — autant de balises pour situer le temps. Pourtant, son roman résonne avec une brûlante actualité : celle des cités reléguées, du racisme ordinaire, de l’exploitation silencieuse des livreurs qui pédalent dans l’ombre de Paris.
Quitter Berlioz parle du présent avec beaucoup de justesse, en sondant l’amitié, la culpabilité et la difficulté de se frayer un chemin hors de la fatalité.

Commentaires
Un roman très contemporain qui pourrait me plaire.
A tenter pour lever ce conditionnel. 😉