Titre : Parade
Auteur : Rachel Cusk
Littérature anglaise
Titre original : Parade
Traducteur : Blandine Longre
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 208
Date de parution : 19 septembre 2024
Quatre récits autour de G.
Quatre récits, quatre artistes, une seule initiale : G. Avec Parade, Rachel Cusk compose une variation subtile autour de la création, de la domination et de la difficulté d’exister à l’ombre d’autrui.
Le premier récit s’ouvre sur un peintre dont la singularité est de travailler à l’envers. Sa femme, envahie par une tristesse proche de la folie, est victime d’une agression dans la rue. Aussitôt, elle tente d’en comprendre le sens comme on analyserait une œuvre d’art : en scrutant les signes, en cherchant une cohérence là où il n’y a peut‑être que la violence brute.
Dans le deuxième récit, la narratrice est l’épouse d’un photographe nommé G. Longtemps, elle a apprécié le regard critique de son mari sur ses propres peintures. Mais ce regard finit par devenir une entrave : étouffée, elle cherche à s’en libérer pour retrouver sa voix.
Un homme se suicide lors l’exposition d’une artiste, elle aussi nommée G. . Le soir- même, la directrice de la galerie discute de ce drame avec quelques amis attablés dans un restaurant. Ensemble, ils débattent sur l’oeuvre et la vie privée de la peintre. Et ils tentent de comprendre l’acte de cet homme.
Enfin, nous rencontrons un écrivain devenu cinéaste, longtemps brimé par sa mère. Lors de l’enterrement de celle‑ci, il livre ses états d’âme, mêlant souvenirs, ressentiment et lucidité tardive.
La relation au monde des artistes
Ces quatre récits, reliés par une initiale et par la présence obsédante de l’art, déploient une réflexion fine sur la création sous contrainte : contrainte du couple, de la famille, du regard d’autrui. Comment exister face à un artiste reconnu ? Comment trouver sa liberté d’expression sous la domination d’un conjoint ou le jugement des parents ? Pourquoi la maternité devrait‑elle reléguer une femme à l’arrière‑plan ?
Rachel Cusk excelle à sonder ces zones de tension, à montrer comment l’art peut devenir à la fois refuge, instrument de pouvoir et espace de conflit. Mais cette richesse thématique se heurte parfois à une narration volontairement fragmentée, mêlant faits et commentaires, récits et analyses. L’écriture, souvent abstraite, maintient une distance qui rend la lecture exigeante, parfois froide.
Parade fascine par l’acuité de son regard sur les rapports de domination et sur la fragilité des identités créatrices. On peut toutefois regretter que la complexité formelle et la sécheresse du ton atténuent l’émotion et rendent l’accès à ces thèmes pourtant passionnants plus ardu qu’il ne le faudrait.
