Titre : Grandes personnes
Auteur : Maria Orban
Littérature roumaine
Titre original : Oameni mari
Traducteurs : Raymond Clarinard et Iulia Badea Guéritée
Editeur : Bleu et Jaune
Nombre de pages : 186
Date de parution : 9 juin 2026

 

Les épreuves qui font grandir

Rucsandra a trente-six ans et enseigne le roumain dans un lycée de Brașov. Un an plus tôt, elle a perdu son père, alcoolique et gros fumeur. Même s’il a empoisonné son enfance, sa disparition la bouleverse profondément, au point d’ébranler son couple avec Seba. Après plusieurs années de bonheur, celui-ci la quitte pour une autre femme. Le divorce devient inévitable, une perspective qui la remplit de honte.

Pourtant, elle évoque sa séparation devant ses élèves, au détour d’un cours consacré aux âmes sœurs.

Rucsandra n’est pas prête à tourner la page. Elle égare sa carte d’identité avant le rendez-vous chez le notaire et ne semble pas vraiment pressée de la retrouver. À défaut d’avancer, elle rumine, s’interroge et laisse la porte ouverte aux rencontres qui pourraient lui permettre de reprendre confiance en elle.

Le poids de l’éducation

Depuis toujours, la mère de Rucsandra lui a appris à ne pas se révolter. Elle-même a supporté en silence les absences, les excès d’alcool et la violence de son mari. Faute de pouvoir compter sur lui, elle a reporté tout son amour sur sa fille, jusqu’à l’étouffer.

Tu m’as utilisée, maman. C’est ce que tu as fait. Tes peurs, tes joies, tes besoins, tu as tout déposé en moi. J’ai été ton petit soldat.

Comment construire sa propre vie lorsqu’on a grandi dans une telle emprise ? Ce manque de confiance explique-t-il pourquoi Rucsandra n’est jamais devenue basketteuse professionnelle ? Pourquoi son histoire avec Andrei, son premier amour, a échoué ? Et la mort de son père a-t-elle précipité l’effondrement de son mariage avec Seba ?

Le début de la révolte

Enfermée dans son chagrin et sa colère après la trahison de Seba, Rucsandra laisse parfois éclater sa rage. Lors d’un conseil de classe, alors qu’elle tente d’écrire une lettre de pardon à son père, elle s’emporte contre une collègue qui lui adresse un reproche. Plus tard, elle ira même jusqu’à se battre dans un bar.

Pour la première fois, elle cesse de subir. Elle commence à s’opposer, notamment lorsque sa mère cherche à lui trouver un bon parti pour se remarier. Mais le monde a changé. Rucsandra aussi. Pour sa génération, le mariage n’est plus une fin en soi.

Avec Grandes personnes, Maria Orban aborde un sujet universel sans vraiment s’ancrer dans son pays d’origine. A part, le nom de quelques lieux et des personnages, on pourrait se trouver dans n’importe quel pays européen.
C’est un récit sur la transmission, les traumatismes familiaux et la difficulté à trouver sa place lorsque le passé continue de peser sur le présent.

Si l’intrigue ne me laissera sans doute pas un souvenir impérissable, le personnage de Rucsandra m’a beaucoup touchée. Maria Orban restitue avec beaucoup de justesse ses blessures, ses questionnements et son lent cheminement vers l’émancipation. J’ai également apprécié sa relation avec ses élèves. En effet, elle, qui n’a jamais vraiment eu le sentiment d’être écoutée sait, à son tour, accueillir leur parole avec une écoute bienveillante, sans jamais les juger.

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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