Titre : La sculptrice
Auteur : Quentin Vijoux
Editeur : L’agrume
Nombre de pages : 126
Date de parution : 13 mai 2026
Tout prend l’eau
Depuis plusieurs jours, des pluies diluviennes s’abattent sur la région. Un barrage menace de céder, condamnant la ville à une inondation imminente. C’est dans cette atmosphère de fin du monde que Coline se rend au vernissage de Sigrid, son ancienne compagne.
Depuis leur séparation, leurs trajectoires ont suivi des chemins opposés. Sigrid enchaîne les succès artistiques tandis que Coline s’enfonce dans l’oubli.
Désemparée au milieu de la galerie, Coline croise Rémi, un ancien étudiant de son école d’art qu’elle ne reconnaît même pas. Le jeune homme, aussi maladroit que nerveux, brise une sculpture. Un bras humain en tombe. Rémi s’enfuit, le membre disparaît mystérieusement, et Coline se retrouve accusée d’avoir détruit l’œuvre.

Pour échapper à une hospitalisation psychiatrique, elle doit désormais fournir deux témoignages attestant de sa bonne santé mentale.
Qui est fou ?
Coline est profondément meurtrie par le départ de Sigrid. Chaque sculpture, pourtant abstraite, lui évoque un instant de leur histoire d’amour. Son regard est-il déformé par le chagrin ou perçoit-elle une vérité que personne ne veut voir ?
Comment Sigrid a-t-elle eu l’idée d’intégrer de véritables fragments de corps humains à ses œuvres ? Pourquoi l’a-t-elle quittée pour Simon Toraxeschine, sculpteur renommé qu’elle lui avait elle-même présenté ? Et que penser de ce psychiatre qui exige qu’elle poursuive ses consultations alors que la ville est en cours d’évacuation ? Ou encore de l’administration kafkaïenne de Bateauville, dont les procédures semblent plus absurdes que la catastrophe elle-même ?
Au fil des pages, Quentin Vijoux brouille les repères et entretient le doute. Qui perd réellement pied ?
Une enquête fascinante en bichromie
Quentin Vijoux construit un thriller psychologique aussi haletant qu’inquiétant. Son dessin épuré, limité au rouge, au bleu et au noir, confère au récit une identité visuelle forte. Cette bichromie accentue à la fois l’urgence de la catastrophe, la montée de l’angoisse et la solitude de Coline.
L’auteur saisit avec beaucoup de justesse les émotions de cette jeune femme abandonnée, en quête de reconnaissance autant artistique qu’affective. Derrière cette enquête singulière se dessine une réflexion stimulante sur les liens entre création et intimité, sur la santé mentale, mais aussi sur la manière dont le regard des autres façonne notre rapport au réel.
Porté par une fin volontairement ouverte, La Sculptrice laisse au lecteur le soin de trancher. Était-ce le récit d’une dérive psychique ou celui d’une justification de sa propre vérité ? C’est précisément cette ambiguïté qui fait toute la force de cette bande dessinée.
