Titre : Ootlin
Auteur : Jenni Fagan
Littérature écossaise
Titre original : Ootlin
Traducteur : Céline Schwaller
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 368
Date de parution : 17 janvier 2025
Un récit autobiographique
Jenni commence à écrire à la suite d’une tentative de suicide à l’âge de douze ans. Vingt ans après, elle reprend ce qui n’était qu’une lettre d’adieu. Les journaux intimes qu’elle n’a jamais cessé d’alimenter, sont une source d’inspiration. Et puis, après vingt quatre ans de lutte auprès des services sociaux, elle y ajoute les éléments glanés dans son dossier.
Avec l’écriture, Jenni Fagan a trouvé son exutoire. Là, elle a enfin trouvé sa place. Auprès de ses mères littéraires, Alice Walker ou Maya Angelou. Les seules qui l’ont jamais soutenue. Si les mots l’ont parfois brisée, ils l’ont aussi sauvée d’une mort programmée. En effet, l’art permet de canaliser une énergie débordante, une rage destructrice.
Née au mauvais endroit
Enceinte de cinq mois, sa mère est victime d’une overdose. Avec un beau-père en prison et un père alcoolique, l’enfant est confiée à une agence d’adoption catholique à sa naissance.
A trois ans, elle entre dans sa première famille d’accueil. Elle y subit de nombreuses sévices. Là, elle apprend à quitter son corps.
Ootlin, en écossais, c’est une de ces personnes bizarres qui ne trouvaient jamais leur place, une pièce rapportée qui ne voulait pas entrer dans le moule.
Et c’est peut-être le seul nom qui convient à cette enfant ballottée de famille d’accueil en centre pour enfants. Celle qu’on débaptisait au gré des humeurs, qu’on ne voyait pas ou plutôt ne voulait pas voir.
La dernière fois que j’ai eu un travailleur social qui a vraiment réussi à nouer un lien avec moi j’avais trois ans et demi, depuis c’est une sorte d’organisation administrative qui me trimballe d’un endroit à l’autre et je ne peux pas dire que j’ai déjà eu une vraie conversation avec l’un d’entre eux.
Services sociaux défaillants, familles d’accueil inaptes. Personne ne se souvient jamais du bien-être de Jenni. Personne ne s’interroge sur les raisons de ses fugues, de ses actes de délinquance, de son addiction au tabac et aux drogues.
Je me suis défoncée tout le temps parce qu’il y a en permanence à côté de moi un train qui roule à huit cents kilomètres-heures et sur chaque wagon il y a un souvenir que je ne peux pas supporter.
Une étoile qui voulait briller
Le récit est souvent insoutenable. Surtout lorsque la narratrice rappelle son âge au moment des faits. Abandonnée à la naissance, martyrisée à trois ans, tentative de suicide et viol, prise de stupéfiants, fugues, nuits dans la forêt à douze ans.
Et pourtant, il semble toujours y avoir une trace d’humanité, une lueur d’espoir chez cette jeune fille intelligente.
Rêver est vital. Il doit y avoir autre chose dans ma vie que des jours comme ça. J’aime danser. J’aime chanter. J’aime lire. J’aime faire de la pâtisserie…
Jenni est persuadée qu’il y a quelque part un monde où elle pourra vivre heureuse sans qu’on ne lui reproche de briller. Si souvent la colère l’emporte sur des chemins de traverse, elle a appris à séparer son corps de son âme.
Faire preuve de compassion est la forme la plus élevée d’intelligence.
Pas de doute, Jenni Fagan est intelligente et douée. Et elle a trouvé sa place en littérature.
A noter, la parution simultanée de La fille du diable, le précédent roman de Jenni Fagan en collection semi-poche Suites.

Commentaires
Je l’ai repéré chez La Livrophage, et retenu, son avis est aussi tentant que le tien, et j’avais beaucoup aimé Les buveurs de lumière.
Le déroulé du récit n’invite pas à l’optimisme.
Effectivement mais pourtant, regarde quelle formidable auteur elle est devenue. La littérature et l’écriture l’ont sauvée. J’ai beaucoup de respect pour ce parcours
J’attendais de lire une première chronique sur ce titre qui m’intéresse et dont je redoute la lecture. A juste titre de toute évidence. Mais de toute évidence aussi, Jenni Fagan mérite que sa voix soit entendue.
J’imagine difficilement comment on peut traiter un enfant de la sorte. Mais effectivement ce récit mérite d’être lu. Parler de la maltraitance c’est devenir plus vigilant envers ceux qui nous entourent. Et il fait aussi échos au roman de Barbara Kingsolver que je venais de lire ( On’m’appelle Demon Copperhead) et aussi un peu à l’essai de Cynthia Fleury sur la dignité