Titre : Le livre de Kells
Auteur : Sorj Chalandon
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 384
Date de parution : 13 août 2025

 

Un roman autobiographique

Sorj Chalandon s’inspire très souvent de sa vie personnelle, notamment de sa relation avec son père mais aussi de ses combats de journaliste pour composer ses fictions.
Si quelques noms, quelques faits sont ici modifiés, nous sommes vraiment dans un récit autobiographique.
De 1970, date à laquelle il fuit définitivement la maison paternelle lyonnaise à 1973, année de création du journal Libération, nous suivons les errances de Kells. Enfant battu par un père raciste et violent, adolescent sans domicile dans les rues de Paris, puis membre de la gauche prolétarienne, Kells vomit sa rage dans les rues de la capitale.

Je n’ai jamais connu l’odeur du bonheur.

Les membres de La cause du peuple de la GP ( la Gauche Prolétarienne) lui ont tendu la main. Avec beaucoup de solidarité, ils l’accueillent , lui trouvent un logement et lui font  découvrir le monde, le cinéma, les musées, la littérature. Mais ils vont aussi le plonger dans la violence de leur combat.

Un récit fondateur

De toute évidence, nous découvrons ici ce qui a fait l’homme, l’écrivain et le journaliste qu’est devenu Sorj Chalandon. La rage, la défense des opprimés, la protection de l’enfance seront au cœur de son œuvre. On retrouve d’ailleurs dans ce texte des clins d’œil à d’autres titres.

Comme un gamin de colonie pénitentiaire, qui s’évade d’un autre siècle, il me fallait imaginer ce que le mur de ma prison cachait. Ce qui m’attendait de l’autre côté. Ce que je deviendrais sans vous, sans la violence de l’Autre. Ce qui menaçait un gamin perdu dans la ville. ce que seraient mes heures, mes nuits, demain et tous les jours d’après.

C’est aussi un récit historique. Une époque où la violence était déjà dans la rue. Si Kells rejoint le mouvement des maos, il affronte aussi les débuts de l’extrême droite. C’est tout un pan de l’histoire sociale et politique du pays avec la mort de Pierre Overney, le kidnapping du patron de Renault, l’affaire Lip, l’affaire de Bruay en Artois, la prise d’otages aux jeux olympiques de Munich. Conflits sociaux ou racisme, notre société n’a guère évolué en cinquante ans.

Servir le peuple

La violence est partout. Et certains membres de la Gauche Prolétarienne en voudrait parfois davantage. La base du mouvement souvent considérée comme des « militaro-débiles » n’est pas toujours en phase avec les responsables intellectuels.
Mais rien ne peut justifier la violence au nom d’une cause. Et Kells mettra du temps à comprendre. Pourtant, il sait aider cette famille de mauritaniens logés dans un bidonville.
Si la première partie concernant la fugue et l’errance de Kells est plutôt intéressante, j’ai davantage peiné sur la série d’affrontements du groupe de maos. Beaucoup de personnages, peu ancrés, sont assez imperceptibles.
Il est louable de défendre la cause du peuple. Mais pas dans un tourbillon de violence de casseurs. Finalement, il est judicieux de « passer des poings dans la gueule aux points d’exclamation. »

Le livre de Kells est un récit intéressant mais il est plus politique que romanesque. Pourtant l’auteur sait habituellement tisser les deux aspects. Par manque de dosage, je n’ai pas vraiment ressenti d’empathie pour les personnages.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

14 août 2025 à 9 h 46 min

Dommage pour tes bémols… cela permet de revoir nos attentes un peu à la baisse… 😉



Sorj Chalandon
14 août 2025 à 22 h 04 min

Merci pour votre critique

Je pensais que vous aviez compris qu’à l’époque, la violence était partout.

Nous répondions ainsi aux racistes, aux antisémites, aux patrons voyous, aux petits chefs harceleurs de femmes, aux salopards qui vivaient sur le dos des familles immigrés.

Nous n’étions pas des casseurs. Vilain mot. Aucune vitrine, aucune voiture, aucun abri bus n’a jamais été touché.

Nos cibles étaient ceux qui faisaient régner l’injustice. Nous voulions que la peur change de camp.

C’est tout



    15 août 2025 à 7 h 07 min

    Je vous remercie pour votre commentaire et vos précisions.
    Cette violence de rue racontée ici m’a plongée dans ce que je connais de la violence actuelle. Et vous avez raison, les casseurs sont plutôt de notre époque.
    Mais la violence n’est-elle pas encore plus présente aujourd’hui ?
    Et comment y répondre ? Je ne pense pas que ce soit par les armes.
    J’ai aussi senti dans votre récit, le clivage entre les responsables du mouvement et ces jeunes ( militaro-débiles) qui descendaient dans la rue. N’y avait-il pas là aussi une forme d’exploitation et d’injustice ?
    D’ailleurs, Kells l’a(vez) compris en acceptant de travailler à Libération.
    Les journalistes et les écrivains ont ce pouvoir et ce devoir de mettre à jour ces injustices. Ce que vous faites très bien depuis des années. Et je vous en remercie.



Sorj Chalandon
14 août 2025 à 22 h 06 min

Désolé pour les quelques coquilles

Une fois le post envoyé, c’est trop tard.



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