Titre : Tant que fleuriront les citronniers
Auteur : Zoulfa Katouh
Littérature syrienne
Titre original : As long as the lemon trees grow
Traducteur : Anne Guitton
Editeur : 1018
Nombre de pages : 456
Date de parution : 16 avril 2026
Parution broché chez Nathan : septembre 2023
Dans l’enfer de Homs
Le roman s’ouvre sur une scène apocalyptique. Des rues éventrées, des magasins désertés, des immeubles en ruine. Homs n’est plus qu’une ville fantôme, écrasée sous le poids du siège militaire.
Il y a un an, lorsque le Printemps arabe a secoué la région, le peuple syrien a lancé un appel à la liberté, plein d’espoir. La dictature au pouvoir a répondu en déchaînant l’enfer sur les têtes des civils.
Salama vient de perdre sa mère sous les bombes. Son père et son frère ont été arrêtés lors d’une manifestation. Désormais, elle vit chez Layla, son amie d’enfance et belle-sœur, enceinte de sept mois. Après seulement une année d’études de pharmacie, Salama est contrainte de devenir médecin à l’hôpital de Homs, encore sous le contrôle de l’Armée syrienne libre. Aux côtés du docteur Ziad, elle soigne les blessés qui affluent chaque jour aux urgences. Elle voit mourir des enfants, opère et ampute parfois sans anesthésie. Chaque journée apporte son lot d’horreurs.
L’espoir au cœur du chaos
Layla supplie Salama de contacter Am, un passeur capable de les aider à fuir le pays. D’abord réticente à abandonner l’hôpital, Salama hésite. Pourtant elle a promis à son frère de protéger Layla coûte que coûte.
Mais sa rencontre avec Kenan, venu faire soigner sa petite sœur, bouleverse peu à peu sa vision du monde. Auprès de lui, elle redécouvre les couleurs, la beauté fragile qui subsiste malgré la guerre, l’attachement viscéral à cette terre meurtrie. Kenan, jeune photographe, se sent investi d’une mission. En effet, il doit montrer au monde, et pas seulement au monde arabe, ce que vivent les Syriens.
Car comment quitter le pays qui nous a vus naître ? Comment abandonner une terre qui porte les souvenirs, les voix et les âmes de ceux que l’on aime ?
Une romance lumineuse au milieu des ruines
Grâce à une écriture sensible et immersive, Zoulfa Katouh touche en plein cœur. Elle dépeint avec justesse la force des liens familiaux, l’attachement à la patrie et la capacité des êtres humains à préserver une part de lumière au milieu du chaos. Dans la violence de la guerre civile surgissent encore des détails de beauté : la couleur d’un regard, le parfum des citrons, le sourire d’un enfant.
Tant que nous garderons la foi et que l’histoire de la Syrie continuera de couler dans nos veines, il restera une lueur d’espoir.
Certes, la romance prend parfois une place importante et certaines scènes peuvent sembler excessivement dramatiques, voire peu crédibles. Mais ce choix narratif sert aussi à incarner l’espoir et à rendre le récit accessible à un large public. À travers l’histoire de Salama et de Kenan, le roman rappelle surtout la réalité des populations vivant sous une dictature, ainsi que le déchirement de ceux qui sont contraints de fuir un pays qu’ils aiment profondément.
