Titre : À la table des loups
Auteur : Adam Rapp
Littérature américaine
Titre original : Wolf at the table
Traducteur : Sabine Porte
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 512
Date de parution : 22 août 2025
La famille Larkin
La photo de couverture du roman d’Adam Rapp est remarquablement bien choisie. Elle reflète à merveille l’histoire que nous allons découvrir. En effet, les Larkin sont l’exemple d’une famille honnête et modeste, confrontée à la violence sourde d’une éducation religieuse et d’un pays en mutation.
Huit couverts soigneusement disposés sur une nappe blanche immaculée. Mais tous les Larkin prendront-ils place autour de cette table ?
Donald, le père, ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu conducteur de machines, est un homme meurtri et taiseux. A ses côtés, Ava, grande et belle femme, joue un rôle central dans la vie de la communauté religieuse d’Elmira, une petite ville du comté de New York. Ensemble, ils ont six enfants : quatre filles et deux garçons. Le plus jeune, Archie, meurt tragiquement d’une forte fièvre, tandis que Joan, l’une des filles, souffre d’un handicap mental.
Myra Lee, l’aînée, devient très vite le pilier de cette fratrie. Infirmière dévouée, elle passera sa vie à soutenir ses frères et sœurs. Ainsi, elle sera toujours présente pour Fiona, actrice ratée rongée par l’amertume, et pour Alec, jeune homme en rébellion contre sa mère et la religion étouffante qu’elle incarne.
Lexy, plus intellectuelle et bourgeoise, semble la seule à tracer son propre chemin. En retrait, elle ne se révolte qu’à sa manière : en aimant des hommes d’une autre confession.
Un roman polyphonique
De 1951 à 2010, l’auteur fait des points d’étape, invitant tour à tour les différents membres de la famille à s’exprimer.
On jette les dés, on fait tourner la flèche et on regarde les enfants Larkin sauter à cloche-pied sur les cases de couleur en cherchant ce qu’on cherche tous.
C’est un peu l’impression que donne ce roman. Un récit morcelé dans lequel on retrouve souvent Myra Lee et Alec en différents points du pays. Plus rarement Fiona et Ava toujours fidèle à la petite ville d’Elmira. Puis plus tard, Ronan, le fils de Myra Lee. Chacun évolue péniblement dans un pays où meurtres, folie et maladies mortelles couvrent le ciel américain de menaçants nuages. Les loups rôdent dans les esprits et les personnages sont en proie aux idées noires.
Malgré ce récit fragmenté, j’ai fini par m’attacher aux personnages. L’auteur nous tient avec l’évolution d’Alec, le fils maudit. Si le lecteur n’a que peu de doute sur sa conduite, le suspense tient avec l’émotion contenue et l’attitude de la mère, puis la compréhension du passé d’Alec et le rôle empathique de Myra Lee.
La genèse du roman
Adam Rapp s’est inspiré d’un souvenir de sa mère, infirmière au pénitencier de Joliet ( comme Myra Lee). Elle y a été témoin de l’exécution d’un tueur en série en 1994. L’auteur se souvient aussi de la tuerie des infirmières en 1966.
Il s’est inspiré de cette violence latente et a choisi d’y confronter une famille honnête.
Et cela commence dès leur jeunesse. Enfants, Myra Lee et Alec sont témoins d’une intervention policière pour un triple meurtre dans leur quartier. La violence est-elle une chose banale qui tape au plus près des familles ?
Mais où sont les racines du mal de cette famille américaine ? Il me semble que le poids de l’éducation religieuse, la transmission génétique sont les principaux facteurs d’évolution de leur destin.
Alors, certes, pour les plus faibles comme Alec, la banalisation de la violence libère peut-être de toute morale. Mais fort heureusement, Myra Lee prouve qu’un autre chemin est possible.

Commentaires
Les auteurs américains affectionnent les récits fractionnés qui finissent par donner des pavés… Je ne me précipiterai pas.
C’est encore un petit pavé mais c’est effectivement une marque chez les auteurs américains
Je trouve cette couverture fascinante…
Et elle est très significative
Tu m’intrigues !
Envie de le lire ? On en a peu parlé en cette rentrée. Mais de manière générale j’ai l’impression de lire moins de chroniques sur la,littérature étrangère
Pourquoi pas ! Mais les pavés, en ce moment, c’est compliqué à caser…
Ah c’est vrai ? Je ne me suis pas fait la remarque.
Je suis en train de le lire, il est long certes, mais cette famille dont je ne trouve pas les parents responsables des troubles des enfants, Ils sont suffisamment bons comme on dit en psychologie. Pour preuve la variété des vies, des valeurs et des comportements des enfants. Depuis la générosité absolue de Myra jusqu’à l’odiosité d’Alec.
Je pense que la bigoterie de la mère a tout de même forgé le caractère des enfants. Certes, tous les enfants ne rejettent pas la religion de la même façon mais ils n’ont pas non plus été touchés ( sans jeu de mots) de manière identique.
Pourquoi pas. Un titre qui ne m’aurait pas attiré de prime abord.
Le côté un peu roman noir pourrait te plaire