Titre : Éclaircie
Auteur : Carys Davies
Littérature anglaise
Titre original : Clear
Traducteur : David Fauquemberg
Editeur : La Table ronde
Nombre de pages : 192
Date de parution : 28 août 2025
Deux naufragés
Le pasteur Jim Ferguson débarque sur une île déserte au large de l’Écosse. La traversée depuis le continent, à bord du Lily Rose, a été éprouvante. Rejoindre ensuite le rivage dans une frêle barque, en pleine tempête, relève de l’exploit — surtout lorsqu’on ne sait pas nager. Pourtant, Jim parvient à gagner la maison du Bailli.
Ivar est l’unique habitant de cette île située entre les Shetland et la Norvège. Ses frères sont morts en mer. Les femmes de la famille, menacées par la famine, ont fui. Il vit seul depuis près de vingt ans, entouré de quelques moutons, d’une vache et d’un vieux cheval.
Lorsqu’il découvre le corps nu de Jim au pied d’une falaise, Ivar n’hésite pas. Aussitôt, il le sauve, le ramène chez lui, le soigne et le veille. Mais quand Jim reprend connaissance, il se heurte à l’impossibilité de communiquer avec cet homme hirsute. Dans sa chute, Jim a perdu les notes du professeur qui aurait pu l’aider à comprendre la langue d’Ivar.
Une rencontre improbable
Et pourtant, contre toute attente, les deux hommes s’apprivoisent. Peu à peu, Jim établit un lexique rudimentaire pour déchiffrer ces mots inconnus. Il observe, apprend, participe aux tâches quotidiennes d’Ivar et s’immerge dans son mode de vie austère.
D’abord solitaire, Ivar se réfugiait dans la contemplation du portrait de Mary, l’épouse de Jim, retrouvé sur le rivage. Mais rapidement, la présence de cet homme venu d’ailleurs lui devient plus précieuse encore.
En parallèle, le roman suit Mary, restée sur le continent. Elle s’inquiète du sort de son mari, d’autant qu’elle a compris la nature sinistre du contrat qui l’a conduit sur cette île isolée.
Le contexte historique
Nous sommes en 1843, une année charnière pour l’Écosse. Le système du patronage, qui permettait aux grands propriétaires terriens de choisir les pasteurs de leurs paroisses, provoque une fracture majeure au sein de l’Église presbytérienne. Jim fait le choix courageux de quitter sa paroisse pour rejoindre la nouvelle Église libre d’Écosse, mais se retrouve rapidement sans affectation ni ressources.
Parallèlement, les propriétaires terriens, avides de profits, chassent les habitants jugés inutiles afin de transformer les terres en pâturages pour les moutons. C’est cette mission cynique que l’ignoble Henry Lowrie confie à Jim : se rendre sur l’île pour y expulser Ivar, devenu indésirable.
Le paysage, personnage principal
Contexte historique rigoureux, narration envoûtante, personnages d’une beauté brute et vulnérable : Éclaircie s’impose comme un roman puissant et profondément humain. Les protagonistes se révèlent par leurs fêlures, leurs silences et leur passé, tandis que des liens inattendus se tissent malgré les barrières de la langue, de la culture et du statut social.
Mais la véritable force du récit réside dans le paysage lui-même. Une île battue par les vents, des traversées maritimes périlleuses, des rochers qui surgissent et disparaissent sous les vagues, le goémon qui recouvre la terre. Dans cet environnement hostile vit pourtant un homme capable de se chauffer à la tourbe, de filer la laine de ses moutons, de tricoter ses propres vêtements — un homme qui ne demande rien, sinon la paix, et qui se réjouit soudain de la présence d’un autre être humain.
À travers cette confrontation entre simplicité et cupidité, solitude et pouvoir, Carys Davies livre un récit historique habité de résonances universelles. Éclaircie est une lecture à la fois rude et lumineuse, profondément vivifiante..

Commentaires
Je suis ravie du chemin que prend ce roman sur la blogosphère, et qu’il mérite amplement… j’espère qu’il permettra de mettre aussi en avant son roman précédent, injustement dédaigné à sa sortie…
Ce roman est apparemment dans le top 20 Telerama 2025.
J’avais bien aimé West aussi. Une auteure que je vais suivre
Entre West et celui-là, il y a Le voyage de Hillary Byrd qui est vraiment à lire aussi…
Merci, je vais me le procurer pour le lire en 2026
Je ne sais pas pourquoi West végète dans ma PAL depuis plusieurs années… ou je ne le sais que trop bien… Celui-ci a « malheureusement » l’air très bien aussi.
Malheureusement les bons romans qui attendent dans nos PALs sont nombreux. Et parfois, on en oublie 😊 Je viens de voir que j’ai le second roman de cette autrice dans ma bibliothèque ( Le voyage de Hillary Byrd )