Titre : Assaut contre la frontière
Auteur : Leïla Slimani
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 80
Date de parution : 19 mars 2026

 

Genèse de l’ouvrage

En 2025, la soixante-dix-neuvième édition du Festival d’Avignon se centrait autour de la langue arabe. Leila Slimani y a participé en lisant un texte sur son rapport à la langue. A peine remanié, ce texte est ici restitué dans un essai court et percutant.

Née au Maroc, Leila Slimani a été élevée par des parents parlant français. Sa grand-mère d’origine alsacienne, douée pour les langues, a tenu à apprendre l’arabe. Leila a été bercée avec les dialectes berbères mais aussi les chansons de Brel ou de Ferré.

Puis ce paradis multilingue s’est fracturé et j’ai compris, en grandissant, que je vivais dans un monde traversé par des frontières, entre les classes sociales et entre les langues.

Au lycée Descartes de Rabat, bien qu’elle suive des cours d’arabe classique, le français a tout dominé.

Et pourtant, en s’installant à Paris, elle comprend qu’elle est une arabe. Même si son excellent français la protège de l’exclusion.

Hégémonie du modèle occidental

Pourquoi continue-t-on à appréhender ce monde arabe comme extérieur à l’identité européenne alors même que nos histoires sont liées depuis des siècles ?

Les Arabes ont traduit les textes grecs, ils sont les fondateurs de la culture occidentale. Aujourd’hui, l’arabe est la seconde langue la plus parlée en France mais elle reste toujours la moins enseignée.

Depuis septembre 2001, l’image du monde arabe et de sa langue est largement abîmée. Il faut alors sans cesse prouver sa loyauté et cela commence par la langue, brandie comme un drapeau.

Mais c’est oublier que la langue est un refuge, un point d’ancrage dans l’errance. Et l’auteur expose son chagrin et sa honte de ne pas parler l’arabe, sa langue, celle qui définit son identité.

Pourquoi est-ce que je ne parle pas l’arabe, ma langue ? Cette question, douloureuse, vertigineuse, est au cœur de mon travail. Elle est source de chagrin, de honte et elle m’a conduit à sans cesse ré interroger mon rapport à l’identité.

Ode à la littérature

Les propos assénés par Leila Slimani ont parfois ébranlé mes convictions. Aussi, sur ses conseils, je ne parlerai pas du courage de l’auteur à affirmer sa pensée.

Mais il est un autre point qui remet ma façon de lire en perspective. J’ai un intérêt particulier pour la littérature étrangère. Qu’est-ce que j’y cherche ?

Tout comme en littérature française, j’y cherche des personnages complexes et humains. Et c’est par eux que je cherche à comprendre le monde. L’histoire d’un pays façonne inévitablement les personnages. Alors, oui, j’y cherche une culture pour mieux la comprendre.

Ecrire, ce n’est pas exprimer une culture.

Certes, les personnages ne devraient pas se définir par leurs origines ou leurs genres. Mais leur humanité ne s’exprime-t-elle pas au travers du prisme de leur vécu ?

Finalement, je comprends ce que veut dire Leila Slimani. Parce qu’elle s’insurge contre le bannissement d’une certaine littérature aux Etats-Unis. Et affirme que la littérature « c’est le lieu de l’intime, des identités subjectives, insaisissables, construite à partir d’une infinité d’émotions et d’expériences

Les livres aident à comprendre et à aimer les gens.

Et il faut remercier les auteurs et traducteurs, ces passeurs qui viennent « élargir notre univers littéraire en tendant l’oreille à des histoires nouvelles qui viennent nous perturber et faire assaut contre toutes les frontières qui nous enferment. »

 

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

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