Titre : Les éléments
Auteur : John Boyne
Littérature irlandaise
Titre original :
Traducteur : Sophie Aslanides
Editeur : JC Lattès
Nombre de pages : 512
Date de parution : 20 août 2025
Eau, Terre, Feu, Air
John Boyne construit son roman autour de ces quatre éléments. Chacun est le titre d’une partie. Si ce sont quatre histoires différentes, elles sont intimement et intelligemment liées par leurs personnages et leurs thèmes.
Les éléments – l’eau, la terre, le feu, l’air – sont nos plus grands amis, ceux qui nous animent. Ils nous nourrissent, nous réchauffent, nous donnent la vie, et pourtant, ils conspirent pour nous tuer à chaque tournant.
Après le procès de l’église catholique dans Il n’est pire aveugle, John Boyne poursuit avec des thèmes qui lui sont chers : la corruption des âmes, la culpabilité, le mensonge. Pédophilie, homosexualité, viols marquent tragiquement le destin des narrateurs.
Une île perdue
Tout commence sur une petite île irlandaise, peuplée de quatre cent âmes. Une terre entre ciel et mer comme un purgatoire ou un enfer pour certains. Vanessa vient s’y cacher des médias, y trouver l’apaisement. Evan Keogh veut la fuir pour échapper aux projets de son père.
Et dans ce lieu, dès le premier chapitre, l’auteur donne l’ambiance. Mystère, suspense et profonde réflexion sur des sujets de société.
Un lecteur ferré dès les premières pages
John Boyne est un excellent narrateur. Et il accroche son lecteur en ajoutant mystère et suspense. L’ambiance laisse entrevoir le drame mais l’intrigue se dévoile à petit pas. Souvent, l’auteur laisse un suspense enfin de chapitre avant de partir sur une évocation du passé. Un procédé particulièrement addictif.
Au-delà de cette narration et de cette construction implacables et parfaites, le maître de la psychologie humaine lance les pistes de réflexion sur la culpabilité et l’innocence.
Et il fait tout cela avec une incroyable impartialité. En excellent portraitiste, il se glisse aussi aisément dans la peau d’une femme, d’un homme, d’un homosexuel, d’un adolescent, d’un gosse de riche ou d’un prêtre.
De plus, ce roman choral impressionnant ouvre par ses dialogues de très intéressants débats .
Peut-on se construire sur des ruines ?
J’ai souvent apprécié les romans de John Boyne. Mais celui-ci est particulièrement maîtrisé et remarquable. Basé sur des récits humains ancrés dans les thématiques de nos sociétés actuelles, l’auteur ouvre les portes de la réflexion.
Les blessures d’enfance peuvent provoquer des pulsions malsaines à l’âge adulte. La rage, le désir de vengeance sont légitimes. On ne devient pas cruel sans raison. Mais n’est-ce pas à chacun de contrôler ses pulsions ?
Hommes, femmes. Si les uns se trouvent souvent des excuses pour affirmer leur égo, les autres ne leur laissent-elles pas trop souvent le champ libre ? Et l’auteur nous rappelle justement que le viol ne concerne pas que les femmes.
L’auteur ne s’arrête pas aux évidences car le monstre se cache sous n’importe quel habit.
Un grand roman de cette rentrée littéraire.

Commentaires
J’ai apprécié tous les romans de John Boyne que j’ai lus et tu me donnes bien sûr très envie de découvrir celui-là.
Si tu aimes tant les autres romans, tu ne seras pas déçue par celui-ci. Il a encore quelque chose en plus ( la construction, la tension narrative…)
La première partie m’a déçu, au point que je me suis demandé si je poursuivai. La 3e m’a mis très mal à l’aise et la fin est un peu trop gentille pour moi.
Ton avis est important. C’est le premier plutôt défavorable que je lis. Je comprends le malaise lors de certains passages.
En tout cas, tu es passée par plein d’émotions différentes. C’est déjà bien 😊
Je suis bien moins enthousiaste que toi… malgré la construction en effet parfaitement maîtrisée de ce livre.
Qu’est-ce qui t’a déplu ? Mais je vais aller te lire 😉