Titre : Nos vies sauvages
Auteur : Hemley Boum
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 336
Date de parution : 20 août 2026
Depuis sa prison
Ndolo Elimbi, avocate, nous parle depuis la prison de Yaoundé. Elle s’adresse à son ancien amant, Enow Alaka.
Enow Alaka, avocat engagé, a failli faire tomber le président Biya dans les années 89-90. Il a alors dû quitter son pays.
Ndolo l’avait rencontré à Paris en 2000. A 36 ans, il est alors marié et père de deux enfants. Mais ils vivent une belle aventure qui durera cinq ans. Ndolo ne l’oubliera jamais. Même si elle devient mère et se marie deux fois.
Alors comment s’est-elle retrouvée en prison en 2018 ?
Challengers for Cameroun
Ndolo est une femme forte et déterminée. Elle le doit sûrement à son père, un avocat puissant et un homme violent. Si il s’oppose à son mariage, il la pousse dans sa carrière et la propulse aussi sur la scène politique.
La jeune femme devient la figure montante pour la jeunesse. Elle est celle qui pourra faire tomber le président Biya, un vieil homme corrompu. Biya est au pouvoir depuis 1982.
Pour le service de sécurité de l’État dirigé par Théodore Fokam, un manipulateur prêt à toutes les bassesses, Ndolo est la femme à abattre. Dans cette quête, il se fait aider par la commissaire Zinabou Ndam. Elle est chargée d’infiltrer et de déstabiliser les groupes d’opposition et les mouvements contestataires.
Des femmes puissantes
Face à la corruption et la violence sexiste des hommes comme Paul Biya, Théodore Fokam ou du père de Ndolo, s’élèvent la vengeance sournoise des femmes.
Une femme doit fendre les eaux avec sérénité et ne rien laisser deviner de ce qu’il lui en coûte.
Après la mort de son mari, Sippora, la mère de Ndolo, se sent revivre. Elle ne laissera pas sa fille moisir en prison. Cette femme discrète qui a si souvent dû utiliser la stratégie du canard ( se mettre la tête dans le sable ou dans l’eau en l’occurence), met en branle son réseau de femmes.
Un roman composite
Hemley Boum donne du corps, du rythme et de la puissance à son roman en multipliant les genres.
C’est tout d’abord un roman politique avec l’emprise d’un président autoritaire et corrompu, au pouvoir depuis plus de quarante ans. Toute velléité d’opposition est rapidement matée. On se souvient de l’assassinat de Thomas Sankara en 1987.
Mais c’est aussi le roman d’une femme meurtrie à différentes époques de sa vie, le roman d’une passion pour un homme et pour son pays, le récit d’un amour empêché.
Et c’est enfin un roman de femmes. Femmes muselées par le patriarcat, femmes abusées, battues, manipulées mais des femmes qui gardent en elle la fierté. Et elles ont la patience d’attendre le moment de la vengeance.
C’est aussi en filigrane une illustration de l’espoir de la jeunesse bafoué par les vieux politicards corrompus. Et une analyse universelle de la société.
Le corollaire d’une société soucieuse de préserver sa liberté et son bonheur est un gouvernement qui accepte d’être remis en cause.
Roman lu pour le Mois africain et pour le jury du Prix Landerneau 2026
