Titre : Au bon vieux temps de Dieu
Auteur : Sebastian Barry
Littérature irlandaise
Titre original : Old God’s time
Traducteur : Laetitia Devaux
Editeur : Joelle Losfeld
Nombre de pages : 256
Date de parution : 7 septembre 2023

 

Une retraite bien méritée

A la retraite, Tom Kettle est venu s’installer à Dalkey, petit village au sud du comté de Dublin. Policier émérite, décoré de la médaille Scott, il vit depuis neuf mois dans l’annexe d’un château victorien, au bord de la mer. Là, il profite des embruns, découvre ses nouveaux voisins et pense à sa femme et ses enfants. Une vie calme, peuplée toutefois de tempêtes et de fantômes.
Un matin, deux anciens collègues frappent à sa porte. Son ancien chef sollicite ses conseils dans une affaire de pedo-criminalité concernant un prêtre. Comment replonger dans ce qui a détruit sa vie ?
En basculant dans ce monde de « ténèbres pleines de crasse et de violence », Tom a envie de se pendre. Cette visite lui rappelle la mort de sa femme et de ses enfants. Mais le vieil homme prendra son temps avant de déposer son fardeau. Le récit a la langueur de la vieillesse quand le temps ne compte plus. Il se nimbe aussi de douleur, d’hallucinations et de troubles associés aux vieilles âmes meurtries.

Au coeur des ténèbres

En effet, Tom a été élevé dans un orphelinat. Là il a connu les punitions, les attouchements des prêtres et la violence de ses camarades. A dix-sept ans, il s’est engagé dans l’armée. Envoyé en Malaisie, il est devenu, par la force des choses, un assassin.
Jeune inspecteur, il rencontre June, une serveuse trentenaire. A trois ans, au décès de sa mère, June est envoyée à l’orphelinat. A six ans et jusqu’à ses douze ans, la petite fille est violée par le père Thaddeus Matthews.
Tom Kettle travaille sur l’enquête impliquant Matthews et le vicaire Byrne. Mais l’archevêque Mc Quaid étouffe l’affaire. June ne se remet pas de cette injustice.

Poser son fardeau

Quand on retrouve le corps de Matthews en bas des falaises, les soupçons se portent sur Tom. Mais quel drame pourrait encore toucher ce vieil homme. En effet, il a été témoin des violences de la guerre et des attentats. Il connaît la souffrance des mères face aux maris violents. Et surtout, il garde au fond de lui, la douleur de la perte de sa femme adorée. Dieu et ses représentants ont meurtri son enfance et décimé sa famille.
Mais, au crépuscule de sa vie et face à cette nouvelle enquête, il est temps de retirer cette chape de silence. Et, au milieu des fantômes, de confier enfin son histoire. Il est temps de rendre hommage aux « enfants de la sale histoire irlandaise. » Les vilaines histoires ne peuvent « se dissiper dans ce bon vieux temps de Dieu. »

Tout enfant doit être protégé.

Sebastian Barry illustre une nouvelle fois le combat de sa vie contre la violence des prêtres et l’enfance malmenée dans les orphelinats. C’est un sujet majeur de l’histoire irlandaise. L’auteur le fait ici avec le temps lent et chaotique de la vieillesse. Mais derrière la douceur des lieux, le repos de la retraite se cachent les tempêtes de la mémoire et la douleur d’un homme qui a tout perdu.

Auteur

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