Titre : Gioconda
Auteur : Nikos Kokàntzis
Illustrateur : Anne Defréville
Titre original : Gioconda
Traducteur : Michel Volkovitch
Editeur : L’Aube
Nombre de pages : 140
Date de parution : 3 octobre 2025

Un texte emblématique

Gioconda est un livre unique, un mémorial offert à une jeune fille de quinze ans disparue dans les camps de concentration. Elle était l’amour inoubliable de Nikos Kokàntzis dans la Thessalonique d’avant-guerre. Nikos n’est pas écrivain mais à quarante-cinq ans, il ressent le besoin d’inscrire cette histoire dans la littérature. En effet, il refusait que Gioconda meure une seconde fois avec lui.

Les gens meurent seulement quand nous les oublions.

À travers ce destin individuel, c’est aussi toute une communauté qui affleure. Thessalonique, rattachée à la Grèce en 1913, abritait alors une importante population juive. En 1943, la quasi-totalité fut déportée ; seuls quelques survivants revinrent. Le livre devient ainsi un tombeau littéraire pour ces vies anéanties.

Écrit en 1975, et traduit en France en 1998, le texte est aujourd’hui proposé dans une édition illustrée par Anne Defréville. Ses dessins aux teintes douces accompagnent le récit avec délicatesse, apportant une dimension à la fois pudique et mélancolique à cette histoire d’une sensualité troublante.

Un amour de jeunesse

Tout commence sur un terrain vague, frontière fragile entre deux mondes. Nikos y joue avec les enfants de ses voisins, une famille juive autrefois aisée. Très vite, il se sent irrésistiblement attiré par Gioconda, d’un an sa cadette. Trop réservé pour avouer ses sentiments, il laisse grandir en lui une jalousie sourde, notamment envers Rudi, cousin charismatique de la jeune fille.

Un jour, cette tension éclate en violence verbale. Mais Gioconda perçoit, derrière cette colère, le désarroi d’un adolescent amoureux. C’est elle qui initie leur rapprochement, faisant naître une relation de plus en plus intense.

Dans un contexte où la menace se précise, leur amour devient absolu. Entre peur et insouciance, ils s’abandonnent à une passion totale. Kokàntzis décrit avec précision l’éveil des corps et du désir. Cette dimension charnelle, parfois déroutante au regard de leur âge, reste pourtant portée par une forme d’innocence qui atténue le trouble.

La descente aux enfers

Progressivement, la guerre s’impose. Les bombardements rythment le quotidien, tandis que les persécutions s’intensifient : port de l’étoile jaune, interdictions, humiliations, puis rafles.

Gioconda et sa famille sont arrêtées et déportées. La grand-mère et la jeune soeur meurent rapidement. Quelques semaines avant l’arrivée des troupes soviétiques, le reste de la famille disparait dans les chambres à gaz.

Le récit, centré sur cette initiation amoureuse, gagne en intensité à mesure que le danger se resserre. L’amour, plus fort que la haine et la mort, y apparaît comme une force de résistance.
Pourtant, il me fut difficile de sentir cette forme d’acceptation chez Gioconda et sa famille. Tout comme ce sentiment d’impuissance brandi sous couvert de l’enfance.

Comment un enfant peut-il se battre contre le Mal absolu ?

 

Auteur

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