Titre : Cave 72
Auteur : Fann Attiki
Littérature africaine
Editeur : JC Lattès 
Nombre de pages : 256
Date de parution : 1 septembre 2021

 

L’intrigue

Nous sommes dans le quartier PK de Brazzaville, sur l’avenue d’Asia. Le Pandore sépare le quartier des bars de celui des lieux de culte. Musiques et sermons résonnent à longueur de journée. Le secrétaire au Conseil national de Sécurité  charge le Colonel Olonga de venger son honneur en éliminant Arland, un ex-ministre, porte-parole du gouvernement. Mais l’affaire tourne mal. Le colonel invente un complot pour faire tomber Arland et gagner ainsi sa promotion.

Une jeunesse lettrée et désabusée

Au Cave 72, le bar de Maman Nationale, trois jeunes refont le monde. Ferdinand, Didi et Verdass sont bacheliers mais ils ont arrêté leurs études en seconde année d’université. Ils apprennent davantage dans les livres que sur les bancs de l’Université nationale.  Ils citent Nietzsche et Céline  mais savent aussi qu’ils n’ont aucune chance de décrocher un emploi.

Dans notre société les jeunes qui ont encore la volonté d’ouvrir les livres, de raisonner, ceux avec qui on peut tenir une conversation intelligente sont un patrimoine rare, et on a moins de chance de les trouver dans des caves de PK ou autres endroits similaires que de trouver un diamant dans n’importe quel sous-sol de la RDC.

Alors ils boivent des bières sur le compte de Black Mic-Mac, le frère d’Arland.

L’imagination, ils ne la perdent pas. Elle évolue en quête d’un épanouissement que le continent cesse de leur promettre.

La puissance de la rue

La mort de Black Mic-Mac surprend les habitués du Cave 72. Mais elle sème la panique dans le camp des conspirateurs. Pour faire tomber Arland, le colonel Olonga invente son implication dans un mouvement révolutionnaire avec la jeunesse étudiante dont Ferdinand, Verdass et Didi seraient les principaux meneurs. La faction révolutionnaire visant à renverser le Guide providentiel aurait pour siège Cave 72. L’arrestation de Maman Nationale et la fermeture de son bar provoquent manifestations qui envahissent les rues de Brazzaville. Tous se mobilisent pour sauver cette figure emblématique du quartier et les trois jeunes garçons.
Le récit devient une enquête à la recherche de preuves pour démonter le complot politique. Avec toujours beaucoup d’humour.

Style et construction 

Le style m’a décontenancée dès les premières lignes. Le choix des mots et des expressions n’est pas commun. Le style suit les rythmes du slameur qu’est initialement Fann Attiki. L’auteur est dans l’ambiance légère de la jeunesse avec ses héros étudiants qui refont le monde en buvant des bières.
Mais derrière ce complot politique fomenté par les hommes au pouvoir, souvent risible par la maladresse de ses instigateurs, se cache une satire politique. L’opposition entre une jeunesse intelligente pleine d’espoir et un pouvoir corrompu et ridicule est révélatrice d’une réalité dans les pays africains.

Le pouvoir, la raison du désordre de l’Humanité.

Fann Attiki soigne aussi sa construction en divisant son récit en sept jours, symbole biblique de la création du monde. Quelques allusions à la colonisation émaillent le récit avec bien sûr la présence des religions du monde mais aussi cette langue du français, « une langue venue par bateau avec son lot de crimes. »

Un premier roman

Ce premier roman mérite son Prix Voix d’Afriques car il y a incontestablement un style ou plutôt une voix ( à laquelle je n’adhère pas forcément), un biais satirique, un mélange entre roman noir, humour et témoignage des conditions de vie.
Les fans d’Alain Mabanckou devraient y trouver leur bonheur.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

2 novembre 2021 à 22 h 05 min

Pas fan du style de Mabanckou, alors je passe mon tour.



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