Titre : D’une aube à l’autre 
Auteur : Laurence Tardieu
Editeur : Stock
Nombre de pages : 220
Date de parution : 5 janvier 2022

 

Entrée en confinement

Le 17 mars 2020, alors que la France entre en confinement, que le président Macron fait un discours guerrier contre un ennemi invisible, le monde de Laurence Tardieu s’effondre. Aux urgences de l’hôpital Robert-Debré, un médecin hématologue met un nom sur la maladie d’Adam, son fils de quatre ans et demi. Leucémie aiguë myéloblastique.

Nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse.

Commence pour la famille une longue angoisse dans une chambre de « dix mètres carrés cerclés de murs coquille d’oeuf et de lino bleu. »

Comme une mère

Perdre un proche est un épreuve, un chagrin renversant mais perdre ou ne serait-ce qu’imaginer la perte d’un enfant est innommable. Ce roman est aussi le combat d’une  mère transformée en louve pour protéger son petit. Mettre sa vie en pause pour être présent, rassurer, donner l’impression d’une vie normale à un enfant qui souffre, ne comprend pas toujours bien ce qui se passe. Afin qu’il puisse aussi avoir des moments heureux dans cette chambre d’hôpital, qu’il puisse trouver le courage de supporter les soins. Et garder l’espoir même si parfois les parents craquent.

Il m’a fallu une dizaine de jours pour apprendre ce que la vie, en quarante-sept ans, ne m’avait pas enseigné : le courage, la force, la lucidité ne sont possibles que dans la détente et le renoncement , dans l’absence de défense et non dans le corps qui se dresse, qui se prépare, qui guette.

Un temps fou

Adam est resté cent-cinquante-huit jours à l’hôpital avec seulement un ou deux week-end pour retrouver sa maison et ses soeurs en fin de parcours. Laurence a appris le vocabulaire médical, a craqué, espéré, sombré parfois. Elle a trouvé refuge auprès de son père et de sa meilleure amie avec des sms et appels quotidiens. Elle s’est accrochée à des petits riens comme les bienfaits du vélo et d’une lunch box.

le yoga m’a permis d’intégrer, jour après jour, les cassures, l’effroi, l’inconnu, l’attente, sans me raidir.

Elle a pu compter sur l’écoute, le soutien incroyable des internes et infirmières.

J’ai découvert, au cours de ces mois, la réalité de l’hôpital : des équipes extraordinaires, qui se donnent sans compter, devant composer en permanence.

Plus que des mots insipides de consolation, elle s’est accrochée aux phrases poétiques, aux sourires silencieux d’autres mères confinées auprès de leur enfant.

L’écriture et la vie

Laurence Tardieu est une femme d’écriture. Ecrire est un besoin vital, ce qui lui permet de rester debout. Deux ans après cette douleur innommable, l’écriture est une fois de plus une thérapie.

J’écris ce livre pour tenter de reconstituer une histoire dont j’ai été en partie actrice mais qui, tout du long, m’aura échappé. Dans les semaines qui ont suivi la sortie de l’hôpital, on me demandait parfois de raconter. Je cherchais par où commencer, je cherchais comment dire ça. J’avais chaque fois la sensation d’être aspirée par un tourbillon de poussière. Je finissais par répondre : c’est irracontable. Au fil des semaines j’ai compris que, sans trace derrière soi, le corps toute entier est attaqué de l’intérieur. Cela ne se voit pas de l’extérieur  mais, peu à peu, il s’effondre au-dedans, se délabre et perd son centre. Je crois bien qu’il finit désagrégé.

Ce roman est nécessaire à son auteur mais aussi essentiel pour mesurer les risques et la beauté de la vie. Il est également une reconnaissance méritée du travail des personnels de l’hôpital. Et puis, il rappelle le courage de ceux qui acceptent de faire un don de moelle épinière pour sauver des vies.

Lecture commune avec Mimi.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

18 mars 2022 à 12 h 39 min

Un extrait qui nous fait voir le talent de l’auteure, encore une fois;



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