Titre : Trois histoires d’oubli
Auteur : Djaimilia Pereira De Almeida
Littérature portugaise 
Traducteur : Dominique Nédellec
Editeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 366
Date de parution : 10 janvier 2024

 

Hantés par de lourds passés

Non, on n’oublie pas son passé. Et c’est souvent dans les dernières heures de la vie qu’il se manifeste et vous hante.
Celestino est un ancien pirate, convoyeur d’esclaves. A la fin de sa vie, il revient dans la maison maternelle abandonnée. Il jette le superflu, consolide son habitat et surtout s’attaque au jardin. L’homme n’a pas son pareil pour faire pousser les fleurs et les légumes. Mais il creuse la terre comme s’il creusait son âme. Une âme tourmentée par d’affreux crimes d’esclaves et la mémoire d’une enfant abandonnée dans la forêt.
Boa Morte, émigré angolais, traîne dans les rues de Lisbonne, malgré la douleur d’une hernie ombilicale. Il gagne quelques pièces en aidant les voitures à se garer. Avec son chien Jardel, il vit avec d’autres marginaux chez Madame Idalina. Sans cesse, il parle et écrit à sa fille restée au pays et il aide Fatinha, une SDF sans âge. Boa Morte aide tous ceux qui l’entourent comme pour rattraper tout ce qu’il a maltraité : son uniforme, sa femme, sa fille, son travail, sa maison.
Brume, un esclave brésilien, est le personnage de la troisième histoire. Il échappe à sa condition en trouvant refuge dans la lecture et dans une cabane plusieurs fois détruite et reconstruite dans les bois.

Il avait fabriqué sa chaumière, comme un lecteur se fabrique lui-même, et fabrique un monde, avec mille fragments, à mesure qu’il lit.

A la frontière des mondes

En campant des personnages torturés à l’approche de la mort, l’auteur évolue entre passé et présent, entre survie et purgatoire. Les trois personnages sont hantés par la violence de leur passé. Le transport et l’assassinat d’esclaves pour Celestino, la guerre coloniale et la violence conjugale pour Bao Morte et l’humiliation de l’esclavage pour Brume. Chacun cherche un moyen de rédemption dans la nature, l’altérité. Mais certaines vies sont trop lourdes pour trouver la sérénité.
Et ce récit n’est pas serein. Quand on a donné la mort, on ne revient pas du côté des vivants. Parmi cette noirceur, il y a pourtant des personnages lumineux. J’ai particulièrement aimé Bao Morte mais on accorderait aussi l’absolution à Celestino. La puissance des personnages est la force de ce recueil qui parfois recèle quelques longueurs. Pourtant le style, la force et le mystère spirituel de Djaimilia Pereira De Almeida m’incitent  à la lire lors d’un prochain roman.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

20 février 2024 à 11 h 45 min

Un titre peut-être un peu trop sombre pour moi en ce moment, et je note les longueurs mais aussi ton intérêt pour le style de l’autrice.



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