Titre : Au-delà de la mer
Auteur : Paul Lynch
Littérature irlandaise
Titre original : Beyond the sea
Traducteur : Marina Boraso
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 240
Date de parution : 18 août 2021

 

Un pêcheur sud-américain

Bolivar est pêcheur en mer. Obstiné et orgueilleux, il veut absolument sortir son bateau, malgré la tempête qui s’annonce. Comme  Angel, son compagnon de pêche est introuvable, il demande à son patron de lui proposer un autre pêcheur expérimenté. Quand il aperçoit Hector, un adolescent aux cheveux longs rivé à son portable, il doute des compétences de son futur équipier.

Un huis-clos angoissant

Deux hommes, deux étrangers, deux générations différentes, seuls sur un petit bateau de pêche en pleine mer, les conversations sont difficiles. Mais lorsque le vent se lève et qu’une vague percute le bateau, Hector se fige. Et ce n’est que le début d’une longue descente aux enfers, face à la force des éléments, la solitude de la pleine mer. Panne de moteur, soif, faim, fatigue, comment tenir sur ce bateau qui dérive sur une mer dangereuse. Les jours passent, on ne les compte plus. Aucun repère spatial ni temporel. Bolivar, en marin expérimenté garde toujours espoir.

L’espoir, ce n’est rien qu’une petite flamme, pense Bolivar. On le nourrit d’une petite chose, et puis d’une autre. C’est ainsi que nous vivons.

Le pêcheur entretient sa forme, se démène pour survivre. Hector, lui,  a une foi plus mystique. Il trouve réconfort en la statuette de la Vierge. Quand elle disparaît, il s’effondre. Entre pensées, souvenirs, hallucinations, le récit flotte et plonge de plus en plus loin dans la folie.

Le rêve te révèle ce que tu crains de regarder en face. La pensée que tu n’oses pas affronter.

Une mer dangereuse, nourricière et polluée

En plantant son décor au milieu du Pacifique, l’isolement est complet. Les deux personnages sont contraints de cohabiter dans un lieu étroit et incertain. Ils sont soumis aux caprices de la nature. Une nature souillée par les rejets des humains. A plusieurs reprises, l’auteur souligne la présence de plastique jeté en mer, retrouvé dans les entrailles des poissons et des oiseaux marins.

Des hommes face à eux-mêmes

Si le récit est rythmé par les épreuves de survie de pêcheurs en perdition, l’intérêt du texte se loge dans les esprits de Bolivar et d’Hector. Différents, ils ne se confient que timidement. Mais peu à peu, ils entrevoient la vérité de l’autre.
Chacun s’accroche à ses souvenirs, ses croyances ou son expérience pour garder un peu d’espoir. Face à soi-même dans la solitude de la pleine mer, les regrets affluent.
Hector pense à celle qu’il aime, rongé par la jalousie. Bolivar est hanté par le souvenir de sa fille qu’il a abandonnée. Lui reviennent aussi en mémoire de sombres actes dans une montagne. Pour survivre, il pense à son amante qui l’attend au port.

Nous ne sommes que le résultat de nos actions, c’est ce que je crois. Et nous sommes responsables parce que nous agissons en fonction de nos émotions.

Que reste-t-il du corps et de l’esprit après tant de jours perdus en mer?
Paul Lynch s’attache autant aux actes, aux gestes qu’aux pensées. Il y a peu de dialogues entre les deux protagonistes. Leurs différences compliquent la communication. Alors, il faut regarder, sentir, imaginer pour comprendre ces deux hommes. Le style le permet et c’est toute la sensibilité du récit.

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

23 août 2021 à 10 h 36 min

Un face à face entre deux hommes, c’est ça ?



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