Titre : Rien ne t’appartient
Auteur : Nathacha Appanah
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 160
Date de parution : 19 août 2021

 

 

La mémoire des racines

Emmanuel est mort il y a trois mois, sa femme Tara perd pied, seule dans son appartement. Ils étaient mariés depuis quinze ans. C’est lui qui la tenait debout. Aujourd’hui, elle vit avec le fantôme d’un jeune homme assis dans un fauteuil, au milieu du chaos.

Quand le garçon est là, il y a un mur entre certains évènements et moi, je tente désespérément de les atteindre mais c’est comme s’ils n’existaient plus.

Elle voudrait mettre de l’ordre avant l’arrivée d’Eli, son beau-fils. Mais ses hallucinations, ses rêves la hantent. A moins que ce ne soient des souvenirs qui remontent à la surface. Le souvenir d’une jeune fille, gambadant pieds nus dans une rizière, pousse en elle. Vijaya, une rizière, une danse au rythme de syllabes incompréhensibles, une cicatrice, une rivière en crue? Nathacha Appanah ferre son lecteur qui n’a qu’une envie, découvrir le passé qui hante Tara.

Enfance gâchée dans un pays en guerre

Vijaya vit dans un milieu privilégié. Dans un pays qui ne sera pas nommé mais facilement identifiable. Son père ne croit pas à l’enseignement dispensé dans les écoles de ce pays « libéré » où la langue officielle et l’hymne national sont imposés. Il s’occupe personnellement de  l’éducation de sa fille. Rada, une amie de sa mère lui enseigne le bharatanatyam, une danse classique tamoule liée au sacré. Un père éduqué qui n’hésite pas à clamer ses opinions,une mère voyante qui dérange, la famille est en danger dans ce pays où l’on tue encore les opposants dans des pneus enflammés. Vijaya échappe à l’attentat qui décime sa famille. Elle est « sauvée » par Roy, le jardinier qui la confie à sa cousine. Mais, ils l’enferment dans le silence et parfois dans une cabane isolée pour museler ses cris de rage. Dans cette cabane, elle trouve le réconfort auprès d’un homme de passage.

Une prison, un refuge au pied des temples en ruine

« Fille gâchée« , elle est envoyée dans une institution initialement créée par une ONG américaine, proche des temples en ruine. Là, avortée, lavée, récurée, tondue, rebaptisée, elle connaît la violence dans un lieu ou rien ne lui appartient.

Pour l’instant, ce rien ne t’appartient ici ne concerne que mon sac et ce qu’il contient. Je ne sais pas encore que ces mots englobent la robe que je porte, ma peau, mon corps, mes pensées, ma sueur, mon passé, mon présent, mon avenir, mes rêves et mon nom.

Ce sont pourtant dans ces lieux où remontent le manque et le chagrin que les liens humains, privés de parole, sont les plus forts. Une sororité que Vijaya défendra corps et âme.

 

Une œuvre cohérente

Issue d’une famille indienne engagée à Maurice, Nathacha Appanah puise dans ses racines la force de ses romans. Ensuite le regard de la journaliste curieuse et empathique enrichit la fiction.  Sa terre natale, ses racines familiales hantent ses personnages souvent rattrapés par les proches laissés derrière eux qui viennent les tourmenter. C’est le cas de Tara.
Le style de l’auteure est particulièrement travaillé, poétique et évocateur. Que l’on plonge dans la folie de Tara ou dans les paysages d’un pays lointain, il y a toujours cette précision, cette force qui donnent du sens et de l’émotion. Un très beau roman et une héroïne qui n’en finira pas de nous entraîner dans sa danse sacrée.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

25 août 2021 à 14 h 19 min

celui-ci par contre me tente 🙂







29 août 2021 à 10 h 22 min

Une lecture envoûtante que j’ai aimé.



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