Titre : La porte du voyage sans retour
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 253
Date de parution : 19 août 2021

 

Mémoire d’un père

En 1806, Aglaé est au chevet de son père. Un homme qu’elle a peu connu, tant il était obnubilé par la rédaction de son encyclopédie universelle. Après sa mort, elle trouve dans ses affaires un carnet dans lequel il lui raconte son voyage en Afrique.

Il ne s’agit pas de te lester d’une partie de mon sentiment de culpabilité mais de te laisser connaître l’homme que je suis. Quel autre héritage utile à leur vie peuvent attendre les enfants de leurs parents?

Michel Adanson

S’inspirant de la vie du biologiste Michel Adanson ( 1727-1806), David Diop prend le biais de cette confession testamentaire pour nous conter son voyage au Sénégal en pleine époque de l’esclavage. Parti à 23 ans pour découvrir les plantes de ce pays, le biologiste a aussi rencontré un peuple, une langue, des hommes et femmes inoubliables. Notamment, Ndiak, fils du roi de Waalo. Ce jeune garçon sera son guide mais deviendra son meilleur ami. Et surtout, Maram Seck, une jeune fille enlevée non loin de son village comme bon nombre de jeunes Noirs, raflés pour remplir les navires négriers.

Maram Seck

Trois ans après son enlèvement, son oncle apprend qu’elle a été aperçue sur l’île de Gorée, là d’où partent les navires négriers. Comment aurait-elle pu revenir des Amériques, échapper à l’esclavage? Michel Adanson brûle d’en savoir davantage. Il propose au directeur de la Concession du Sénégal de retourner sur l’île de Gorée pour étudier la flore. Estoupan de la Brüe accepte ce prétexte à condition qu’en chemin il espionne le village de Meckhé régi par le roi de Kayor.

Un voyage périlleux

En septembre 1752, le biologiste, Ndiak et son équipage quittent Saint-Louis pour rejoindre Cap-Verd. Traversant les forêts, les déserts et les villages, nous découvrons la flore, la vie des tribus. Un mariage à Meckhé, une havre de paix à Pir Gourèye puis la découverte d’une vieille guérisseuse sous sa peau de serpent au village de Ben. Pour finir face à l’horreur de ce lieu où les Noirs s’entassent en attente de départ par la porte du voyage sans retour.

Si les nègres sont esclaves, je sais parfaitement qu’ils ne le sont pas par décret divin, mais bien parce qu’il convient de le penser pour continuer à les vendre sans remords.

Un grand sujet, une belle écriture

David Diop nous laisse découvrir un pan de la vie d’un biologiste oublié, pour surtout nous parler de son effroi face à la réalité de l’esclavage. Lui, le Blanc qui a fait l’effort d’apprendre le wolof pour mieux appréhender la culture de ce peuple, aurait aimé tel Orphée sauver son Eurydice des ténèbres. De retour du Sénégal, sa vie a changé. Fini les rêves de gloire et de reconnaissance. Sûrement trop tard pour récupérer l’amour de sa fille. Même si il a toujours gardé espoir que ses souvenirs d’enfance guide Aglaé vers cette confession.
Dès les premières lignes, j’ai été surprise par cette langue classique qui se fait témoin de l’époque. Le sujet est fort, l’épopée est riche, la langue est belle. Mais j’ai gardé une certaine distance par rapport à ce récit. Est-ce le fait que nous sommes sur un récit rapporté, que la langue soit si posée? En tout cas,  je n’ai pas vibré face à la découverte de cette culture pourtant empreinte de nature sauvage et de magie que l’auteur décrit parfois à merveille dans de très évocatrices descriptions.

 

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

Bruno MATTEUCCI
30 août 2021 à 16 h 37 min

oui, un très beau livre, sans doute un des meilleurs de cette rentrée littéraire (mais je ne les ai pas tous lus !)



30 août 2021 à 17 h 12 min

Un roman m’a bcp touchée ! Un grand moment de lecture !



belavalflorin
30 août 2021 à 18 h 24 min

C’est encore historique mais au XVIII cette fois et c’est le récit d’un voyage au Sénégal qui a eu lieu bien avant la naissance de sa fille à qui il destine ce récit : un amour ardent lors de son voyage de recherche en botanique . Très émue de retrouver l’île de Gorée et la maison des esclaves, visitée plusieurs fois notamment au temps du célèbre vieux guide (décédé) dont le discours nous prenait aux tripes
. J’avais tellement aimé Frères d’âme (la langue, le rythme, l’histoire) que je craignais d’être déçue mais il s’agit ici de tout autre chose



31 août 2021 à 16 h 32 min

je l’ai écouté chez Trapenard l’autre jour et étrangement, je me suis fait cette idée du livre, qu’on pouvait rester à distance…



Choup
2 septembre 2021 à 18 h 30 min

J’avais abandonné Frères d’âmes que j’avais pourtant très envie d’aimer. Le style m’avait rebutée. Celui-ci me tente bien.



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